CHAPITRE V
— Chère ]\îarguerite ! il y a quelque chose qui gouverne plus mon cœur que tous les désirs dont mon imagination a pu d'avance charger ma destinée; c'est la reconnaissance, c'est l'amour, obligations plus grandes, plus dignes que j'ai prises envers vous! J'ai vu clair en moi depuis quelque temps. Marcel m'a dépeint avec assurance, mais il se trompe. Par qui me connaîtrait-il? par moi seul; et jusqu'ici je me suis égaré sur une route que je ne suis pas fait pour parcourir. 11 est vrai, j'ai redouté l'amour plus que tout au monde ! Je l'ai d'avance maudit, repoussé ; j'ai juré que je ne le ressentirais pas. Mais qu'en doit-on conclure, sinon qu'à mon insu je devinais combien cette passion devait en moi abaisser les autres? Je m'étais fait un idéal faux et, pour en atteindre les sommets, il me fallait rompre avec tout ce que je me sentais être. Ne me dites pas, m.es amis, que je suis dupe de moi-même, que mon esprit s'envole à la poursuite d'une chimère, que le bouillonnement d'un sang trop jeune obscurcit ma vue et
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m'empêche d'apprécier la vérité ! Marguerite, Marguerite, je me suis demandé impérieusement ce que je pouvais être ; n'en doutez pas, je n'ai d'autre pouvoir que celui de vous aimer !
— Fatal aveuglement ! tristes discours ! dit Marcel, et dont tu ressentiras un jour le vide et les dangers! Pour les âmes les plus tendres, l'amour est-iljamais plus qu'une distraction de quelques mois, de quelques années de la vie, et ne faut-il pas toujours en revenir aux routes oii s'est engagé l'esprit, l'esprit autrement tenace que le cœur? Si vous voulez vous aimer, songez-y bien ! c'est à de grands malheurs que vous courez, à de grands troubles. Four moi j'aurai rempli mon devoir envers l'un comme envers l'autre de vous deux, et je n'ai plus qu'à vous préparer le baume de bien stériles consolations pour le temps où voire ivresse sera dissipée. Mais laissons l'avenir, ne nous occupons que du présent. M. Bahurot ne veut pas que tu restes : quelle résolution as-tu prise ?
— La plus simple, répondit Octave; je vais m'éloigner.
En disant ces mots, il saisit une main que Marguerite lui abandonna, sans cesser de tenir les yeux lixés sur la terre; la jeune fille était partagée entre les discours des deux amis et les pensées que ces discours faisaient lever et bourdonner dans son sein.
— Oui, je vais m'éloigner, continua Octave avec un soupir. Je ne rejoindrai pas le régiment.
— Tu désertes ?
— Je déserte. Puisque la France est désormais partagée en deux camps, je me livre à celui de mes maîtres qui a le meilleur droit de compter sur ma fidélité. Je sais trop bien d'ailleurs qu'à servir l'em-
pire je n'ai rien à gagner; je veux voir si, àla suite du roi, je ne serai pas plus heureux.
— Et si le roi, dit Marcel, chassé comme il va l'être, car il ne pourra certes tenir ni dans Paris, ni dans les c^épartements du Nord, te joue le méchant tour de ne revenir jamais?
— Eh bien ! lui et moi nous aurons perdu la partie, répondit Octave ; j'aurai du moins fait quelque effort pour la gagner, et, libre de recommencer sur nouveaux frais une autre carrière, j'espérerai peut-être avec plus de raison des succès que je n'ai guère obtenus jusqu'ici.
— Tiens, dit Marcel amèrement, chacune de tes paroles me garantit le malheur de Marguerite. Malgré toi, tu poursuis tes calculs; tu es ambitieux et rien qu'ambitieux.
— Oui, ambitieux ! répondit Octave avec force ; mais aujourd'hui ce n'est plus pour moi, ce n'est plus pour la satisfaction seule de rêves égoïstes, que je prétends m'élever au-dessus du niveau commun : c'est pour elle ! pour elle seule ! Je ne veux pas qu'elle appartienne à un aventurier sans ressources.
Marcel leva les épaules.
— Quand pars-tu ? dit-il.
— Demain matin. Je cours à Paris. Je réussis. Un pressentiment me le dit, je me ferai remarquer ; enfin je tirerai poil ou plume de cette situation de trouble et de renversements. Toi, que fais-tu?
— Tu le sais, répondit Marcel ; je rejoins tranquillement mon corps, et sans prétention à la gloire pas plus qu'à la puissance, n'en ayant pas même à l'amour, il m'importe peu de courir après des jouissances qui coûtent, suivant moi, un peu trop cher. Je vais continuer paisiblement mon sot métier, sur
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d'avance que tous les autres ne sont pas moins ridicules. Mais voyons, il se fait tard, c'est assez raisonner. Le plus certain, c'est que dans la crise actuelle, en supposant Marguerite touchée par tes hommages, vous ne devez pas songer au mariage tant que Bahurot vivra. Croyez-m'en, le moindre délai à présager, c'est plusieurs mois. Soyons donc calmes; retirons-nous chacun dans notre chambre, et demain nous terminerons un entretien dans lequel nous déciderons plus froidement de l'avenir de tous deux. Octave avait toujours gardé la main de Marguerite. Il la serra avec tendresse, et la jeune fille leva ses yeux enchanteurs sur ceux de son amant.
Les deux jeunes gens n'échangèrent aucune parole ; Marcel les gênait, et Marcel, très assuré de l'inopportunité de sa présence, était fort décidé à rester indiscret. Bientôt le rigide confident insista de nouveau pour qu'on se séparât, et Marguerite, ayant dégagé sa main, s'éloigna la première et rejoignit Gérard qui, depuis longtemps, ayant quitté sa place à table, se promenait de long en large dans l'apparteinent.
Henri ne voulut pas permettre à Octave d'aller faire des adieux à son oncle.
— Ce serait, lui dit-iJ, un moyen de n'en pas finir de cette nuit. Ton oncle n'a pas besoin de tes boasoirs, et Marguerite les a assez reçus.
Les jeunes gens s'acheminèrent donc vers leurs chambres respectives, situées dans une aile lointaine du bâtiment et à côté l'une de l'autre, et Octave s'enferma.
Le bruit du verrou fit sourire Marcel. Il resta quelque temps afin de s'assurer que ce n'était pas une ruse et que son camarade ne méditait pas quel-
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que pîuiiJtîiiade nocturne; il put se convaincre que, si l'un des deux avait l'intention d'aller courir les champs, c'était lui seul. Il rouvrit doucement sa porte, s'étudia à ne pas éveiller les échos du corridor, et se glissa jusqu'à la chambre où le père Bahurot dormait profondément, et avec un bruit capable de dominer le tumulte de toute une assemblée.
Marcel avait acquis une ombre d'influence sur l'esprit du meunier; celui-ci trouvait dans le caractère du sons-lieutenant un fonds de rigidité qu'il avait pris pour de la rudesse, et qui lui semblait sympathiser assez avec ses propres sentiments. En outre, Marcel était plébéien comme lui, et, bien que sans fiel, ne se refusait pas quelquefois le plaisir de plaisanter Gérard et Octave sur leurs prétentions héraldiques. A la vérité, il se taisait aussitôt que la grosse voix du meunier apportait à sa cause un renfort de trivialités brutales ; mais Bahurot, incapable de comprendre cette nuance, restait convaincu de sa parfaite entente avec Henri, et disait de lui en toutes rencontres que c'était un bon enfa7it, genre d'éloge fort en faveur auprès des gens du peuple, et dont les linguistes futurs seront certes fort embarrassés de préciser la signification.
C'était à la conscience de sa faveur que Marcel empruntait en ce moment l'audace d'aller troubler le père Bahurot dans son sommeil.
Le moment du réveil faillit être rude cependant; mais Henri avait un moyen sûr d'en adoucir la véhémence.
— Allons, allons ! dit-il, un ami ne peut-il venir causer avec vous la nuit sans que vous vous fâchiez ? La colère en pareille circonstance n'est permise qu'aux cacochymes; mais fi donc I quand un homme
est aussi fort et aussi fraio qu'un garçon de vingt ans!...
C'était l'unique faiblesse du vieux meunier; il tirait un orgueil extrême de sa vigoureuse constitution, et n'aurait pas voulu passer pour maté par l'âge: les paroles de Marcel étouffèrent les volées de jurons qui allaient signaler le réveil de Bahiirot.
— Entin, qu'est-ce que vous voulez à cette heureci? demanda le vieillard.
— Vous parler des affaires de tout le monde, et par occasion fumer une pipe avec vous, ce que nous n'avons pas fait depuis plus de huit jours.
— Ah! quant à la pipe, troupier, répondit Bahurot, je ne demande pas mieux; mais, pour le reste, c'est différent ! J'ai pris mon parti et il faudra qu'on s'exécute. Ce polisson d'Octave partira; \q drôle a voulu me faire peur, et sans le retour de Napoléon, je ne sais, ma foi, ce qui serait arrivé! Pour Marguerite, si elle parle encore de l'épouser, je l'envoie dans une de mes fermes, où elle apprendra s'il est agréable d'être vachère. N'en parlons plus !
— Au contraire, parlons-en ! reprit Henri. Puisque je suis de votre avis clans le fond, nous n'avons besoin que de nous entendre sur les détails ; je trouve, comme vous, déraisonnable de laisser votre petite fille se mettre en tète un fâcheux mariage.
— Tues un brave garçon; mais laisse moi faire! Si elle le veut aujourd'hui, elle ne le voudra bientôt plus.
— D'accord; mais les moyens doux valent mieux que la sévérité, quand on peut arriver au même résultat.
— Je me moque des moyens doux, et j'aurai plaisir à voir ma rlonzelle vachère. Sa grand-mère, qui
valait mieux qu'elle, n'a pas commencé autrement. — Ecoutez, père Bahurot, nous allons nous entendre. Je dis que, si j'étais vous, je ferais partir mademoiselle Marguerite vers quatre heures du matin, avant le jour; je l'enverrais n'importe ofi passer la journée; et Octave, qui s'éloigne lui-même demain, ne pourrait se lancer dans des adieux interminables. De plus, comme nos jeunes gens ne sont nullement aussi avancés que vous croyez, ils ne s'accorderaient pas pour vous désobéir.
— Vrai Dieu! troupier, votre idée n'est pas mauvaise, sans compter que j'aurai ainsi le plaisir de les vertement tarabuster! Voilà qui est dit. Quelle heure est-il? Il est, ma foi, deux heures du matin ; en vous en retournant dans votre chambre, faites-moi l'amitié d'avertir le garçon d'écurie. Qu'il me réveille dans une heure et demie, et mette la jument rouge à a carriole ; je conduirai moi-même mademoiselle Marguerite à la promenade. 11 sera possible de la ramener le soir, j'imagine?
— Bien certainement, répondit Marcel, Octave sera parti.
— Allons, laissez-moi encore dormir ma petite heure, puis en campagne ! Une poignée de main, mon brave, vous êtes homme de bon conseil.
Le cœur de Marcel saignait un peu à la pensée de ce qu'il venait de faire. 11 avait jeté Marguerite dans la gueule du loup, et par sa faute la pauvre enfant allait passer une triste journée. Mais quoi ! ne valaitil pas mieux la livrer aux invectives et aux propos brutaux que de la laisser exposée aux douceurs qui, dans l'opinion de Henri, devaient lui devenir mortelles? 11 réveilla le garçon d'écurie, lui transmit les ordres du mailre et alla se coucher, assez triste, mais
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fin moins avec le senliinent d'avoir fait tout le possil»l(^ pour empcclier des événements i'nnoptes.
rendant qne tous ces pourparlers avaient eu lieu entre Ileni'i et Bahurot, Marguerite, ayant quitté son père, était rentrée dans sa cliambre et s'était librement abandonnée à ses sensations.
Tour la première l'ois de sa vie elle cessa de raisonner pour sentir. Les conseils de Marcel disparurent; elle se rappela seulement l'exaltation d'Octave, sesappelsàson cœur, ses protestations pour l'avenir, et fit moins attention au sens des paroles qu'à la chaleur brûlante avec laquelle la voix émue du suppliant les avait prononcées. Elle se rappela l'accent enthousiaste et convaincu d'Octave, ses gestes passionnés ; elle éprouva sans le savoir, la pauvre enfant! que l'amour juge moins sur les faits que sur les mots, et se repaît de feu et de chimères. Bref, pour la première fois elle sentit son sang courir, son cœur battre, son front rougir, d'indicibles espérances, des désirs voilés, des aspirations inlinies s'élever de tout son être; pour la première fois elle vit disparaître d'autour d'elle la réalité, qui jusque-là l'avait étreinte ; il lui sembla que son Ame montait sur des ailes immenses et vigoureuses vers un éther vivifiant où elle n'avait jamais plané; elle crut respirer un air plus pur.
Les heures se passèrent pour elle dans cette rêverie enivrante ; elle ne sentait ni sommeil, ni fatigue, ni le désir de changer de place, et même elle n'avait pas la conscience de l'existence ordinaire. Si cm eût pu la conlempler dans ce moment, et qu'on l'eût vue assise sur le pied du lit, le bras appuyé contre le bois, la main perdue dans ses cheveux blonds dénouéo, on aurait pu la prendre pour une fée char-
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mante ; fies nuages rosés passaient sur ses joues, chassés par le souffle embrasé de ses pensées.
Trois heures et demie sonnaient à la pendule du salon situé au-dessous de sa chambre, quand elle entendit des pas lourds retentir dans le corridor. Ce bruit inattendn la fit changer d'attitude. I^^llc fut d'abord étonnée, puis elle s'effraya quand elle devint certaine que les pas se dirigeaient du côté de sa chambre. Précipitamment elle se leva avec l'intention d'aller pousser le verrou ; mais au môme instant la porte s'ouvrit, et son grand-père parut enveloppé dans sa redingote grise, son chapeau à larges bords sur la tète, et le cou entouré d'une immense cravate rouge en laine tricotée.
— Parfait! s'écria le vieillard, je suis enchanté de vous trouver habillée î J'avoue que je ne m'y attendais pas, ce qui prouve que je ne savais pas encore tout ce dont vous êtes capable. Ah! coquine! nous allions faire quelque escapade! un joli voyage d'amour avec un beau sous-lieutenant!
— Mon grand-père... je vous jure... murmura Marguerite révoltée.
— Jurez tant qu'il vous fera plaisir, mais il faut être bien fin pour attraper le père Bahurot. Ma colombe, vous plairait-il de descendre? la carriole vous attend.
— Que voulez-vous dire? s'écria la pauvre fille.
— Je veux dire que nous allons faire une petite course d'agrément, et que j'ni jugé à propos de me mettre en route de bonne heure. Ah! je le sais bien ! Vous aimeriez m.ieux un autre compagnon qu'un grand-père. Je ne suis pas un vert galant, mais notre promenade sera plus saine pour votre honneur que celle dont vous vouliez vous régaler!
Marguerite clail si indignée qu'elle n'essaya pas même de répondre ; d'ailleurs elle ne comprenait pas nellement les paroles du vieux meunier, et ce voyage nocturne relTrayail assez pour que la préoccupation en dominât les sentiments de sa fierté blessée.
Elle n'eut; pas d'ailleurs le temps de demander des explications. Bahurot, pressentant que, s'il en venait à parlementer, la discussion serait longue, préféra n'avoir allaire qu'à la résistance. 11 étendit donc la main sans hésiter, et saisissant sa petite-iille par le bras :
— Allons, s'écria-t-il, nous causerons dans la voiture aussi bien qu'ici!
Et il se mit en chemin, entraînant après lui Marguerite qui se débattit quelques instants, et qui finit par le suivre en fondant en larmes. Mais qu'étaient les larmes pour M. Nicolas Bahurot? Toutes les femmes de l'univers auraient pu éclater en sanglots sous ses yeux sans qu'il y accordât la moindre attention.
— Allons! allons! disait-il en poussant Marguerite vers la voiture, vous vous consolerez! 11 n'y a pas de mal; je vous promets que vous n'en mourrez pas. Claude, va ouvrir la grande porte; donne-moi mon fouet. Allons, Cocotte, en route !
Le tyran appliqua un vigoureux coup d'encouragement à Cocotte ; et, se mettant à siffler d'un air assez joyeux, il partit au grand trot avec la désoiée Marguerite.
Marcel était resté éveillé, et derrière les vitres de sa chambre il vit partir l'expédition. Il plaignit sincèrement sa pauvre amie de la journée qu'elle allait passer; mais cette compassion ne l'empèclui pas de se Iciiciter de Sd di[doniaLie. il lui oembJa qu'il avait
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atteint en cette circonstance h la hanteur de dévouement qui doit plaire aux honnêtes gens, et, plein de sa propre approbation, il n'hésita pas, lorsque lejour fut venu, à entrer dans la channbre d'Octave et à faire au jeune homme le récit des événements de la nuit.
Ternove laissa éclater toute sa colère.
— Maladroit ! dit-il à Marcel, tu crois avoir bien réussi par cette violence! Fou que tu es, avec ta chimérique sagesse ! songe donc que tant de mystère concentré autour de mon plus ardent désir ne fait qu'en augmenter l'intensité ! Aimé ou méprisé, j'aurais pu dans l'absence prendre un parti peut-être conforme à tes vœux ; mais, grâce à ton zèle inconsidéré, je pars avec mon amour dans toute sa violence et avec l'ardent besoin de savoir quelle est ma destinée. Tu n'es qu'un sot !
— Et toi un enragé ! J'use, pour te retenir, des seuls et trop faibles moyens que je possède ! Si j'étais ton père, ton oncle seulement, ou même ton frère, je te donnerais un spécimen de ces mœurs féodales dont tu fais tant de cas, en te jetant dans un cul de basse-fosse où tu croupirais jusqu'à parfaite guérison de ton cerveau ! Mais comme je ne suis que ton ami, je n'ai pu faire mieux pour t'empecher de te perdre, toi, ou de te sauver en déshonorant ou en faisant mourir de chagrin la plus ravissante et la plus méritante des créatures ! Ne me réponds pas ! Tu vas me répliquer par quelque phrase de roman bien banale et bien plato. Je n'ai plus rien à te dire, et je neveux rien entendre! fais tes paquets et vat'en.
Les paquets ne furent pas longs. Octave n'avait que la garde-robe restreinte d'un sous-lieutenant, et
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lorsqu'il descendit dans la salle à manger pour déjeuner, il trouva son oncle occupé à lire soii journal.
— Mon i^arçon, dit Gérard en secouant la tète d'un air triste, JJonâparle et les jacobins sont encore les plus forts. J'ai grand'peur que le roi ne recoiiimence ses voyages, et qu'il ne me faille de nouveau cacher ma croix de Saint-Louis dans mon armoire. Le coquin d'usurpateur est en pleine marche siir Paris.
— Pourvu que je le devance, répondit Octave, je me console d'un malheur qui, je l'espère, poui*ra se réparer.
— Mon eai'ant, reprit Gérard, conduis-toi avec honneur; si je n'étais perdu dégoutte, j'irais aussi offrir mon bras à la cause royale.
— Et moi, dit Marcel, je vous quitte demain pour aller revoir le marquis de Bonaparte, si cela plaît à mon colonel.
— Vous êtes un jacobin, mon enfant, et ne sere^ jamais que cela. Avant de nous quitter, mon bravé Octave, je veux encore te parler de quelque chose.
— Dites, mon oncle.
— Je suis content, mon ami, que ma petite Marguerite t'ait plu. Au cas où ce crocodile de Bahurot continuerait à être soutenu par l'ogre de Corse dans son usurpation de ton bien, épouser ma lilie est le seul moyen qui te reste de rentrer chez toi. il ne faut pas le négliger.
— Ils ont tous [jerdu la tète ici, marmotta Marcel entre ses dents ; il n'y a que le vieux meunier de raisonnable.
— ïu te dois à toi-même, continua Gérard, de recon.juérlrla niaisondu vielix Aiiloiiio. N'aie }>a>|)oijr
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de l'opposition que tu rencontres ; le maraud do meunier n'a pas longtemps à vivre ; je te réponds du reste.
Octave attendri embrassa son oncle. Malgré son humeur j)rcsente contre Marcel, il serra vivement la main loyale que celui-ci lui tendait, et montant sur un cheval amené par le valet de ierme au bas du jardin, il gagna la grande route pour atteindre la petite ville où il devait trouver la diligence de Paris. Ce ne fut pas, sans (ioute, sans avoir attaché de longs et tendres regards sur la croisée de la chambre dô
Marguerile.