‹ Ternove. Nouv. éd. précédée d'un avantpropos de T. de VisanChapitre 13 sur 28 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Compter les pensées qui agitaient Octave pendant que la diligence s'acheminait vers Paris, ce .'^erait entreprendre une énumération pareille au calcul des ustensiles renfermés dans un laboratoire d'alchimiste. L'amour y tenait la plus grande place, d'abord; les visées d'ambition sur ce que le jeune officier allait trouver à Paris se croisaient aussi avec les plus tendres pro)ets ; et puis venaient les bouffées de colère contre Marcel, les inspirations de haine envers Bahurot, les ressouvenirs de tendresse indulgente à l'endroit du faible Gérard. Enfoncé dans un coin de l'intérieur, Octave se plaisait tour à tour à se représenter des scènes assez pastorales et des épisodes militaires et même bureaucratiques, car il avait vaguement entrevu l'opportunité d'une visite au ministère; de la guerre; puis tout à coup il pensait à la joie intime que ne pourrait manquer d'exciter en lui l'expulsion du vieux meunier, s'il parvenaitjaniais à l'efTectuer.

Ce fut sous l'empire de ces vives agitations, contre

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lesquelles la fatigue et l'ennui du voyage restèrent sans pouvoir, que notre héros arriva à Paris. 11 n'était pas tout à fait neuf clans cette grande cité, y ayant jadis fait un court séjour avec son régiment à l'époque de la campagne d'Allemagne, et il sut (science bien appréciée des provinciaux) aller s'établir dans un de ces petits hôtels borgnes où l'on est logé fort malproprement et encore plus tristement, mais à assez bon compte.

Heureusement pour Octave, il était trop exalté par ses pensées, trop préoccupé par ses rêves de toute nature, pour avoir le temps de reconnaître combien était repoussant son gîte actuel. A peine d'ailleurs avait-il fait porter son bagage dans sa chambre, qu'il s'empressa de sortir atin d'écrire à Ternove et de chercher ensuite à prendre langue dans le pays agité au milieu duquel il tombait.

Accomplir le premier de ces projets n'était pas chose facile. Dans la précipitation du départ, et la tête remplie de tant de choses, il n'avait pas songea s'assurer un moyen de donner de ses nouvelles à son oncle; j'entends un moyen qui permît de soustraire ses confidences écrites à la connaissance de Bahurot, dont la délicatesse, en toutes circonstances fort émoussée, ne s'était jamais fait un scrupule d'ouvrir les lettres, soit de sa petite-fille, soît de son gendre.

Après y avoir un peu rêvé, Octave se résolut à adresser un petit billet à Gérard par l'entremise d'un jeune fermier qui, jadis camarade de jeu du jeune homme, lui avait, pendant sa maladie, témoigné de l'attachement. Le billet, d'ailleurs, ne contenait rien que tout le monde ne sût déjà, et ne pouvait compromettre bien grandement Gérard, si par hasard le

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meunier venait à en avoir connaissance : le neveu se contentait d'annoi^cer son arrivée à Paris, et de demander si le moyen de correspondre employé en cette circonstance se pouvait continuer, il lerminait par quelques phrases à l'adresse de Marguerite, phrases (jui peij^iiaient sa ferme résolution de ne jamais renoncer à ses espérances.

Lalellre expédiée, Octave ne voulut plus songer qu'aux intérêts de sa sil nation.

Lassé d'avoir servi dix ans pour airacher unesouslieutenance, aucun autre espoir ne lui restait qiie de se jeter en enfant perdu dans les événements, et de chercher à en tirer prolit. Or, même pour aller en enfant [)erdu, il est nécessaire de commencer par un bout, d'enliier un chemin ; il ne savait lequel preri- (\ve. il se décida pour une visite au ministère de la guerre, et, comme on va le voir, il fut bien inspiré.

Arrivé dans le temple des honneurs militaires, il se dirigea vers les bureaux de son arme, et y entra sous uii (le ces prétextes clbrit ne manquent jaiiiais les ofiiciers. Sa positioîi était du reste fort régulière ; il était en congé, et, parlant, il n'avait pas à répondre, du moins inunétiiatement, quant à son absence de son corps, bien qvxin petto il fut très résolu à ne pas la faire cesser.

Ce fut donc une attaque à sa pensée secrète, lorsque, s'élant approché d'un groupe de personnes qui s'entretenaient des rapides progrès de l'empereur, il fut interpellé par un des génies familiers du lieu qui lui demanda pourquoi il ne rejoignait pas soii régiment.

— i*ar une raison sinj()lc, ré[)(Midit Octave : il est en garnison dans ie Midi "t s'o.,-t raillé à Donapàiîe,

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— Vous (leviez suivre votre drapeau, monsieur, lui repartit son interlocuteur.

Là-dessus une conlestation s'éleva, et Octave s'aperçut qu'il n'avait pas alïaire à des royalistes. Il en fut sur])ris, pensant que tout employé du gouvernement doit être assez discret pour ne jamais rtiontrer que du zèle pour qui le paie. Cependant, nialj^ré l'étonnement, il se défendit avec vigueur; una des personnes présentes lui imposa silence en lui jetant à la ligure ces mots sacramentels dans la langue de répo(jue impériale :

— Je suis général de brigade, monsieur ! Octave tourna sur ses talons et sortit du bureau,

maugréant comme un possédé.

Cette école, cette maladresse, l'avait mis de plus mauvaise humeiir sans doute que la trahison dont il croyait la cause royale menacée ; mais, comme on fait toujours en pareil cas, il exhala son mécoutenteinent de la façon qui lui présentait la base la plus large, et se mettant en frais de iidélité furibonde :

— Il faut, s'écria-t-il dans le couloir, que ces scélérats de bonapartistes se croient bien sûrs de leur succès pour tenir ainsi leurs sabbats jusque dans les ministères du roi! On trahit donc partout? Des gens accablés des bontés des liourbons! qui, au retourdu roi, auraient dû être mis hors de tous les emplois, et qui ne reconnaissent tant de magnanimité, tant de grandeur d'àme qu'en trahissant leurs maitres !... C'est une infamie 1 c'est la plus grande des infamies!

— Bravo ! jeune homme, dit tout à coup une voix aigrelette à côté d'Octave : vous prenez les choses çoihme il faut les prendre! Vous avez de l'honneur, monsieur !

Octave se retourna vivement, l'humeur encore

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pointe sur le visag^e, et vit. h dcnx pas derrière lui un petit vieillard dont il n'est pas inutile de décrire la personne, attendu que les traits se formant à coup sûr d'après les habitudes des pensées, il est bors de doute que les républicains, comme les absoiutistes, comme les amis de la liberté constitutionnelle, ont tous, dans leurs catégories respectives, certains linéaments et généralement l'expression du visage à peu près semblables. Le portrait de la personne rencontrée par le héros de ce livre, en mars 1815, dans les couloirs du ministère de la guerre, mérite donc d'attirer l'attention au même titre qu'un portrait historique.

C'était un vieux monsieur, de cinquante-cinq à soixante ans, d'une taille moyenne et jetée un peu de côté, de telle sorte que, sans être précisément bossu, il n'était pas parfaitement droit. 11 avait les jambes grêles, et comme j'ai déjà fait cette remarque physiologique à l'égard de M. Gérard de Ternove, je me crois autorisé à poser en principe que lorsque la noblesse de France n'a pas cette partie du corps parf.iitement proportionnée, elle l'a fort maigre; je pourrais, s il en était besoin, appuyer mon opinion sur une foule d'exemples qui ne laisseraient place à aucune réplique. Mon gentilhomme avait donclesjambes maigres et boitait, mais très légèrement. Sa figure basanée et sillonnée de rides nombreuses portait une expression de bon goût exquis et de bonté sans pareille; les tempes étaient dégarnies, et le front, bien qu'un peu fuyant en arrière, ce qui n'indique pas, dit-on, une grande portée dans l'intelligence, possédait ce caractère dont les physionomistes concluent des dispositions naturelles à l'exaltation, le nez également incliné vers le bas du visage.

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Ce vieillard était revêtu d'un uniforme bleu galonné d'or. Octave, absent de Paris depuis la restauration, ignorait que ce fût l'habit des gardes de la porte. Du reste, en voyant à son approbateur les épaulettes de colonel, le sous-lieutenant salua.

— Vous venez, monsieur, continua le vieux gentilhomme, d'entendre quelque conversation telle qu'il s'en tient, en ce lieu-ci, très ouvertement depuis deux jours.

— Hélas ! mon colonel, répondit hypocritement Octave, il n'est pas étonnant qu'on soit attristé à la vue d'une perversité si grande.

— Nous sommes trahis et volés comme dans un bois, reprit le colonel. Le roi n'est entouré que de lâches ou de traîtres ! Mais vous, comme je vois, vous ne suivez pas l'entraînement? Vous ne songez pas encore à courir au-devant de Bonaparte?

— Au contraire, mon colonel, je déserte! répondit Octave en riant ; car mon régiment est dans le Midi, et je suis ici depuis ce matin.

— Cependant vous avez été, à en juger par votre jeune moustache, élevé dans des idées qui ont dû vous éloigner de nous? Y aurait-il de l'indiscrétion... voudrez-vous bien pardonner à mon âge, si je pousse la curiosité jusqu'à vous demander votre nom?

— Ah! mon Dieu, mon colonel, rien de plus simple! Je m'appelle Octave de Ternove, et je suis sous-iieiM,enant au 18*^ chasseurs à cheval.

— Ternove... Ternove... attendez donc, marmotta le colonel en mettant son doigt sur son front. C'est une famille de Champagne...

■ — En effet, mon colonel.

— C'est cela, Ternove ! Vous avez eu une grand'tante qui a épousé un des messieurs de liarsoucy,

qui tiennent par les feniuierf aux anciens virîannes de... dont Ja descendante, actuellement vivante, est madame de... Ma foi, monsieur, je vous fais mon complimônt! Votre famille n'a pas à rougir fie vous d'après le peu que j'ai vu, et vous me permettrez de vous toucher la main.

Octave s'empressa de se rendre à cette m>ar({ue de déférence doimée avec la cordialité la plus franche.

— Mon oncle, reprit-il pour achever la conquête de son nouvel ami, est M. Gérard de Ternove, qui a servi dans le régiment de Champagne, avec le grade de capitaine.

— C'est un honneur pour vous, répondit le colonel.

— Mon père et ma mère, continua Octave, ont été exécutés en 93.

— Pauvre jeune homme! dit le vieillard en serrant la main qii'il tenait encore et en accompagnant ce geste du regard le plus sympathique. Enfin, monsieur de Ternove, puisque j'ai eu le bonheur devons rencontrer, je prétends que notre connaissance n'en reste pas là. Je suis le baron de Marvejols, colonel et lieutenant dans les gardes de la porte ; je demeure rue d'Anjou-Saint-IIonoré, et si vous n'avez rien de mieux à l'aire aujourd'hui, ce qui peut arriver a un sous-lieutenant, vous viendrez manger ma soupe à cinq heures.

Octave se confondit en rcmercîments et promit d'être fidèle au rendez-vous. Tandis que l'appréciateur enthousiaste de sa fidélité s'éloignait d'un pas irrégulier, mais non dénué de diguité, il lui prit, à lui, comme un transport de joie à l'idée que, dès ses premiers pas, il s'était fait un protecteur assez puissant, selon toutes les apparences, pour le servir, et

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|>réparé dt'jà merveillonsenionl à y être aniciié. Il connaissail assez la vie pour savoir combien ces bons iiasards sont rares, et il se jura que si une occasion aussi excellente lui était donnée, la fortune n'aurait pas à se plaindre de sa noglij^^ence à en tirer profit.

Pendant qu'il chemine vers les Tuileries pour y tuer le temps jusqu'à l'heure du dîner, nous pouvons, nous, suivre le lieutenant des gardes de la porte, afin de nous expliquer bien complètement le caractère, la nature, les dispositions de cet officier, et, partant, la portée des espérances que notre héros a }tu bâtii* sur sa naissante amitié.

M. le baron de Marvejols est un gentilhomme du Rouergue On sait que dans cette petite province la noblesse est ancienne, et, chose rare en France, véritable miracle héraldique, a échappé généralement aux mésalliances qui, aux yeux de l'arislocralie germanique, entachent nos plus grandes familles. Aussi le Kouergue avait-il, avant 89, le privilège presque exclusil de peupler les chapitres français. M. de Marv^ejols ap[)artient à une de ces races essentiellement pures, comme presque tous les hommes de sa condition dans sa province; il vint au monde avec la per^^pective peu gracieuse de passer sa vie dans une très honorable, mais ti'ès complète pauvreté. A la vérité, un frère aîné possédait les principaux avantages de sa maison ; mais ce frère aîné ne pouvait lui inspirer beaucoup d'envie, attendu qu'en vertu de l'ancien proverbe, que là oij il n'y a rien le roi perd ses droits, ce chel de la famille ne jouissait que d'un titre à peu près honorilique. Elevé par le curé du village dans des sentiments de haute piété et dans une profonde ignorance, I\I. de Marvejols, moitié par vocation, moitié par nécessité, était destiné à

l'Eglise. D'ailleurs il était contrefait et ne pouvait penser à aucune autre carrière, grave motif pour se décider en toutes choses. Au monnent oii il allait entrer dans les ordres, arriva la révolution. Son frère et lui, qui tenaient d'autant plus aux droits de leur naissance que, vu leur pauvreté, ils les pouvaient moins exercer, crurent se devoir à eux-mêmes d'émigrer, malgré les protestations des paysans leurs voisins, décidés à les protéger contre le génie révolulionnaire. MM. de Marvejols se jugèrent indispensables à la cause royaliste ; ils embrassèrent en pleurant Claude, Malharin, Javotte et à peu près tout le pays, qui ne crut pas devoir, même à cause des titres de M. le comte et de M. le baron, oublier que depuis des siècles les Marvejols avaient vécu côte à côte avec eux en bons amis, et ils partirent pour Coblentz. Ils s'engagèrent dans l'armée des princes. Le comte eut le malheur de se faire tuer au combat de Turckheim ; le baron y reçut à la jambe une blessure, et se trouva condamné à boiter le reste de ses jours. Cette infortune, jointe à sa bosse et à sa mauvaise santé native, ne l'empêcha pas, à la dissolution du corps dont il faisait partie, de s'engager dans l'armée de Condé. Là il eut l'insigne honneur de servir avec des capitaines, des colonels et même des maréchaux de camp, réduits comme lui, par un choix volontaire et par un admirable dévouement, à la situation de simples soldats.

M. de Marvejols lit les campagnes de l'armée de Condé. Lorsque ses coii^pagnons passèrent au service de Russie, il se trouva dans un tel état de marasme, par suite des fatigues auxquelles sa constituliuii délicate n'avait pu résister, qu'il fut forcé de rester en Autriche, où il embrassa, malgré Miner\ e,

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le métier de professeur de latin. Il eut le bonheur de se trouver employé en cette qualité dans la maison d'un pauvre diable de baron allemand, juste aussi riche que lui et son frère l'étaient jadis dans leur donjon du Rouergue. Cette touchante similitude de position enflamma les deux gentilshommes d'une vive affection l'un pour l'autre ; ils se découvrirent en outre un goût commun pour le jeu d'échecs, et de ce moment ils ne purent plus se séparer. Ils passaient leurs jours à prévoir la chute des jacobins, parmi lesquels, bien entendu, ils comptaient Bonaparte et ses adhérents, et vivaient aussi heureux qu'on peut l'être lorsqu'on a le couvert, la nourriture, peu d'idées, un lils unique et fort gâté à instruire tant bien que mal, et une sœur déjà sur le retour, bonne comme les anges, mais qui voudrait bien se marier.

Un jour, le baron allemand fit entendre au baron français que la dame dont il est question était éprise pour sa personne d'une sainte et pudique ardeur. M. de Marvejols avait conservé de sa première vocation une grande et presque extatique piété. Les chastes aveux transmis par le frère de sa beauté le firent rougir jusqu'aux oreilles, et le plongèrent dans un trouble inexprimable. Il n'avait point rêvé qu'il pût rien lui arriver de semblable, et jamais jeune fille, dans une pareille situation, ne sentit son cœur plus inquiet. S'il s'était abandonné à son instinct naturel, il se serait enfui peut-être dès le jour même. Mais son hôte insista si bien, que, par reconnaissance, M. de Marvejols se vit obligé de se rappeler qu'il n'avait jamais reculé d'une semelle devant les batteries républicaines, et il se sacrifia.

Son mariage une fois célébré, tout alla pour le mieux ; madame de Marvejols prit en main la direc-

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lion du ménage et du mari, et tout le monde fut content. Eniin 1814 arriva, et, pour la première fois de sa vie, le baron résista fortement aux supplications de son beau-frère et aux ordres de sa femme. Son patriotisme pouvant, suivant lui, se réveiller désormais sans crime, il ne voulut pas mettre le moindre relard à aller contempler son roi, de retour au Louvre. Ainsi fit-ii ; il n'écouta ni remontrances ni conseils, et, usant de ses plus claires ressources, il s'achemina vers Paris avec madame la baronne. Son premier acte fut, comme bien on peut croire, d'aller se jeter aux genoux de celui qu'il se plaisait à appeler le plus grand des rois, le meilleur des maîtres, et que, moins poétiquement, l'histoire nomme Louis XVIII. 11 demanda à être employé au service de son souverain, et, jouissant de la plus intacte réputation d'honneur, de loyauté, de courage, pourvu aussi d'amis iniluents, il réussit à ce qu'on prit peu attention à son élat valétudinaire et à son encolure pacitique, et, avec le grade de colonel, il obtint une lieutenance dans les gardes de la porte, où nous le trouvons actuellement.

Qu'on nous permette d'ajouter quelques réflexions à cette petite histoire, qui est, du reste, celle d'un grand nombre d'émigrés. On a beaucoup reproché à ces pauvres gens de n'avoir pas reconnu que les temps étaient changés et que le monarque du xix^ siècle ne pouvait pas être la copie parfaitement exacte de celui du xviii®. 11 est facile de blâmer; mais si l'on considère que les girondins, les feuillants, les brissotins, les dantoniens, les montagnards de toutes les couleurs, les partisans du Directoire, ceux (lu Consulat, ceux de l'Empire, et, depuis, ",eux do la Uestauration, se sont tous trompés, on

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incline lican^'onp à l'indiilî^ence envers des hommes qui avaient payé leur erreur Je lenr fortune, de leur bonheur et souvent de leurs membres, et qui recevaient d'un long passé et des vieilles habitudes l'ordre de ^e pas tergiverser dans leurs vieilles idées.

Je conviendrai encore que M. de I\larvejols, avec sa jambe trop courte, sa bosse et son grand corps usé par les fatigues de la guerre et les maladies et aussi la misère, ressemblait étonnamment à M. le marquis de Carabas, pauvre plastron des plaisanteries libérales. Mais je fais pourtant profession de le révérer grandement, malgré ses imperfections physiques et ses entêtements d'un autre âge; car c'était un de ces hommes rares qui attachent toute la valeur de la vie à exécuter fidèlement certains devoirs, dont le dévouement et l'abnégation sont les bases sacrées.

Quoi qu'il en soit, tel était le protecteur recrute par Octave.

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