AVANT-PROPOS
qui motivèrent cette histoire. L'intérêt de l'intrigue se trouve donc, semble-t-il, suspendu. Pourtant, attention! Gobineau ne conçoit son histoire d'amour assez banale qu'en fonction des événements politiques environnants, et c'est pourquoi la trame de Ternove est constamment tendue; un lien logique unit toutes les parties. On trouvera ici une étroite parenté avec la composition de la Chartreuse de Parme.
Un second caractère des romans de Gobineau est l'amour des portraits. L'auteur de Ternove y excelle. Il s'arrête avec complaisance devant chaque figure nouvelle introduite dans le cours du récit, et préfère décrire des états d'âme avant de les mettre aux prises dans la vie. On se rappelle sans doute les physionomies si curieusement burinées des Pléiades, les divers portraits de Liliane Lanze, de M. Cox mission^ naire, de Wilfrid Nore, d'Harriet, de Casimir BuUet. Dans Ternove, celles d'Octave, de Bahuhot, de Gérard de Ternove, de Marcel, de Julien, de M. de Marvejols, etc., ne sont point tracées avec moins de force. Par le moyen de caractères notés avec intensité et dans ce qu'ils ont de plus signilicatif, Gobineau fait surgir les gestes intérieurs et la mentalité de l'époque étudiée. Ternove demeure un ensemble de monographies et une précieuse contribution à l'élude de la lin de l'Empire et de la Restauration.
il reste une troisième observation fondamentale à noter. Tous les romans de Gobineau, ainsi d'ailleurs que ses récits de voyages et ses nouvelles, sont pleins d'une ironie très particulière qui donne souvent le change au lecteur. Dans les passages les plus