‹ Terre d'OcChapitre 10 sur 23 · LA RAMIÈRE · texte numérisé non relu

LA RAMIÈRE

mité profonde, de rusticité farouche et familière, et si loin de tout, si jalousement fermé, muré par l'horizon immédiat des collines! Ce chemin encaissé, perdu dans l'ombre des arbres^ où allait-il? Où allait-il ce ruisseau qui courait dans Pherbe au fond de la courbe ? Nous ne voulions pas le savoir. Le monde finissait là.

A l'heure où nous y arrivions, tout la Ramière était aux vêpres. Le silence dominical planait sur les rues désertes, sur les maisons vides. N'eût été le mai triomphal, souvenir des élections récentes, qui décorait le seuil du nouveau maire, on eût dit d'un villag-e au bois dormant. Les abeilles bourdonnaient autour des ruchers, les pigpeons roucoulaient sur les toits, les poules picotaient le fumier devant les étables. Il n'y avait qu'eux de vivants dans cette solitude. Lentement, curieusement, nous fîmes le tour du village. Vu de près, en détail, il ne démentait pas l'émerveillement du premier coup d'œil. A chaque pas, à chaque tournant de rue, c'étaient de nouvelles découvertes : ici, posées en échelons sur un tertre rocheux, un îlot de bâtisses caduques, de pignons aigus, d'appentis couverts de chaumes en loques ; plus loin.

un escalier branlant, un porche fatigué où s'enlaçait une treille ancienne, et la vigne était si vigoureuse, l'architecture si débile, qu'on ne savait laquelle des deux s'appuyait à l'autre. Des harmonies délicates et profondes unissaient ces choses. Les herbes en dentelle sur les toits de chaume semblaient continuer la prairie ; les assises frustes des murailles épousaient le rocher. D'eux-mêmes, sans qu'il fût besoin d'y rien changer, les vergers, les maisons s'arrangeaient, se composaient en tableaux. Mon ami n'avait que l'embarras de choisir. Déjà, se baissant, se reculant, clignant de l'œil, indiquant d'un geste de sa canne les dimensions futures de son cadre, il procédait à d'imaginaires mises en toile.

Ses manèges avaient un spectateur. De sa fenêtre, un indigène, que nous n'avions pas aperçu d'abord, nous épiait à la dérobée. Que signifiaient nos allées et venues dans le viDage, et, maintenant, cette pantomime du peintre, inspectant, toisant les maisons? Etions-nous des messieurs de l'administration, agents voyers traçant un nouveau chemin, employés des directes chargés d'étudier les bases d'un nouvel impôt ? C'était possible, comme aussi nos

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