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PÉRIGUEUX

cle. Saint-Etienne, avec ses fresques de Bruckker, son retable sculpté par le jésuite Laville, et qui est, je crois, une épave de Saint-Front, me laisse assez froid. Décidément, j'aime mieux aller rêver devant la tour balafrée, mutilée de Vésone, devant les ruines informes des arènes ; j'aime mieux chercher au hasard des rues les restes du Moyen-âge et de la Renaissance, les pignons aigus, les fenêtres à meneaux, les tourelles qui décorent çà et là les façades noires du Puy-Saint-Front. Là, les pierres parlent : elles racontent la vie d'autrefois, la vie marchande, dévote et guerrière des corporations, la somptuosité des processions et des cortèges, le tumulte des prises d'armes, quand planait sur la ville l'appel tragique du tocsin...

Mieux que le pittoresque des rues, l'histoire des morts célèbres nous renseignera sur l'âme de la province. Les plus illustres vivent encore dans le bronze, dressés en exemple, sur les allées, sur les places publiques. Leurs statues, il faut bien le dire, sont sans beauté; mais qu'importe? Le burnous du maréchal Bugeaud,

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la jambe de bois de Daumesnil, le pourpoint de Montaigne, la soutane de Fénelon désignent suffisamment ces grands hommes. Donc, deux groupes : soldats et penseurs, deux groupes qui se renouvellent d'âge en âge, pendant tout le cours de l'histoire locale.

Daumesnil, c'est le vieux sang gaulois, Ija bonne humeur chevaleresque, la langue et l'épée bien affilées, promptes à l'attaque et à la riposte ; c'est toute la sève et la flamme du terroir dans cette réplique à Blucker sommant le héros de rendre Vincennes aux alliés : a Qu'ils commencent par me rendre ma jambe! » Sous le masque puissant de Bugeaud, l'ancêtre romain reparaît, l'homme de la conquête méthodique, de la colonisation militaire : ense et aratro.

Montaigne et Fénelon nous donnent la fleur du génie local ; la fleur chrétienne avec le doux utopiste du Télémaque^ la fleur de sagesse antique renouvelée, habillée à la française et à la périgourdine, par l'auteur des Essais. Je leur joindrais volontiers Maine de Biran, le métaphysicien du moi^ le disciple de Malebranche, et encore l'exquis, le subtil Joubert, l'ami de Chateaubriand et de M™® de Beaumont. Malgré les différences très grandes d'époques et de ca-

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