‹ Terre latineChapitre 13 sur 82 · PROTECTEUR D ANIMAUX · texte numérisé non relu

PROTECTEUR D ANIMAUX

Ms]Â\ ou s triomphez, monsieur, dont la tendresse à quatre pattes sera, pour les temps à venir, un objet de stupeur.

Votre caprice, obéi de quelques mouchards, et secondé par nos ministres, enclins professionnellement à épauler toute entreprise basse, votre volonté chaparde à trois départements français un spectacle héroïque où se plaisaient la plupart de leurs habitants.

A Dax, à Nimes, à Bayonne, la fallacieuse et dégradante commisération dont vous êtes le patenté commis voyageur interdit un spectacle chevaleresque à des gens que n'amusent guère

LETTRE OUVERTE A M. UHRICH )l

les opérettes à femmes et le répertoire vomitif des cafés-chantants.

Cette victoire vous rend, sans conteste, l'olibrius le plus notable de la semaine et donne aux moindres vagissements sortis de votre plume une importance documentaire : car vous témoignez d'uneboufTonneriecocasseetinattendue.Deplus, la qualité que vous faites paraître d'accommoder les choses sans tenir le moindre compte du vrai confère à votre opuscule sur ces malheureux pigeons le charme des plus excellentes hâbleries. Cette lettre est une façon de microcosme où se reflète, dans son incommensurable platitude, l'âme de vos confrères et amis.

La réclame que vous battez sur le cuir des rossinantes et des taureaux si « méchamment mis à mort » par Guerrita ou Bonarillo ne date pas d'hier. L'Églé du ce pauvre Gilbert », à qui

Un papillon mourant faisait verser des larmes,

assistait, d'une incomparable froideur, à l'inique supplice de Laily-Tollendal. C'était l'aïeule des précieuses de chenil rangées sous vos drapeaux. Car ces anges minaudiers ont d'habitude, sous leurs grimaces doucereuses, une complexion d'eunuque ou de bourreau. L'amour excessif que les catins manifestent à leurs bichons, ces animaux deux fois immondes, éduqués à lécher les excréments du privé et les ordures de l'amour; la manie

imbécile des gâteuses sexagénaires qui transforment leur logis en asile pour les matous galeux et les barbets errants, tandis que, sous les ponts misérables, tant de hères passent les nuits de janvier; la fausse bonté dont les antiques ladres pavoisent leur avarice; la badauderie si aisément exploitable des riches idiots; le gâtisme sentimental de Joseph Prudhomme, — tous ces éléments réunis et combinés ensemble forment le riche capital sur quoi vous trafiquez, depuis maintes années, sans que le fantôme du ridicule et le dégoût du personnage que vous tenez aient pu dévier, un instant, ce que vous appelez, sans doute, en style de Jocrisse, ce votre sacerdoce » ou bien encore « votre mission ».

Heureux mortel! Vous protégez les animaux, depuis le sansonnet de ma portière jusqu'aux biques montagnardes pour qui, dans la solitude tentatrice des hauts lieux, quelques bergers éprouvent une tendresse inconvenante, jusqu'aux pauvres biquettes dont le pucelage est commis à vos soins :

AJU\, troupeau jadis heureux! Alleç, mes chèvres!

Toutes les bêtes domestiques : l'âne, le porc, la vache, le mulet, et le macaque autopianiste, et le molosse, et le roquet, ressortissent de votre clémence plus large, cent fois, que celle de Titus. Pour peu que Gargantua revînt au monde, vous

LETTRE OUVERTE A M. UHRICH f "]

l'empêcheriez de se torcher à son oison, par respect pourles palmipèdes avec qui vous fraternisez.

Le divin bateleur François d'Assise se contentait de haranguer les hirondelles et de bénir les poissons. Mais vous, monsieur, vous surpassez en capucinades les capucins eux-mêmes, vous étant fait le Vincent de Paul des matous abandonnés et le Petit Manteau Bleu du toutou « à qui qu'on a marché la patte ».

Si j'en crois la Renommée, vous venez d'un pandour : colonel, général, peu importent les galons de ces turpitudes et vous-même, sauf erreur, gâtez en une culotte de peau. Tueur d'homme et fils de tueur, assassin patriotique, alsacien même, pour qu'aucune dégoûtation ne manque: vous alternez la férocité professionnelle du boucher militaire avec les bêlements du zoophile !

Insolent, vous avez imposé la loi Grammont, avec l'assentiment des modistes de France et l'agrément des pieds-plats, ces braves pieds-plats dont le courage, aussi gaulois qu'intrépide, s'accommode, en toute occurrence, à l'opinion de la majorité. Hélas ! et cette exquise Séverine, que les mirages de son grand cœur ont fourvoyée — je ne sais trop pourquoi — dans votre hôpital de chiens, exulte aussi de l'aventure. Méfiez-vous, toutefois, de cette dernière alliance. La dame est de cœur si haut, d'esprit si libre, que je la crois

fort capable de reconnaître sa méprise et de passer quelque beau matin, avec armes et bagages, dans le camp des véritables opprimés.

Quoi qu'il en soit, pour le présent, vous gagnez la partie. Les corridas sont un luxe désormais interdit, par votre philanthropie éclairée, aux seuls travailleurs, ainsi qu'aux personnes d'aisance médiocre, les aficionados bien rentes pouvant toujours faire la figue à vos inhibitions, tant que les arènes de Madrid, de Séviile et même de Bilbao s'ouvriront au paseo de la cuadrilla.

Mais revenons, s'il vous plaît, à la missive pour M. Gary, de Nîmes, que vous publiâtes, lundi dernier, par l'entremise du Figaro.

Selon vous, le tir aux pigeons est un passetemps plein de douceur, encore que l'on y massacre, pour le plaisir, et par centaines, ces volatiles amoureux et charmants que les mythes anciens avaient élus pour traîner, sur son char de nuages, la Déesse féconde, que ce fût Cypris hellénique ou la Phrygienne Astarté. Pauvres colombes que Moréas s'entête à nommer des coulombs et qui — outre l'exemple du baiser — fournissent à l'homme de si juteuses crapaudines, sans compter les renseignements télégraphopatriotiques ! Il semble, monsieur, que leurs infortunes et leurs mérites eussent été dignes de votre facile compassion !

Mais je crains fort que le tir aux pigeons, non

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