‹ Terre latineChapitre 20 sur 82 · VERGOGNE PROVINCIALE · texte numérisé non relu

VERGOGNE PROVINCIALE

couleur, sera devenue une Belgique inhabitable; quand les poètes, lassés de cabrioler en moujicks devant les souverains de passage, mourront décidément de faim; quand les sculpteurs manqueront de tout salaire et que les peintres barbouilleront à jamais des logogriphes sentimentaux, le moment sera venu, pour les gens qui pensent encore, de fuir l'ignominie ambiante, de boire la ciguë.

A moins qu'ils ne préfèrent se rendre Chinois en Chine et humer le vin, sous les lanternes peintes, au pays en fleurs du doux Sé-Ma-Sian-Ju.

Jours de pluie

E matin, la brume encapuchonné les montagnes, tandis qu'une averse menue semble dissoudre les horizons immédiats, liquéfier jusqu'aux toits des bicoques voisines.

Le pic d'Ayré, le Bergonz, PArdilène, tels de gigantesques pains de sucre, fondent lentement dans la buée victorieuse.

Un vent de neige dépeuple l'unique promenade, la terrasse des cafés où pleurent d'incontinentes gouttières.

Au cercle, les officiers, attendant le prochain départ, se prolongent en quelque whist mélancolique. Des chaises à porteurs, véritables cercueils à quatre pattes, galopent dans le brouil-

Page 1