‹ Terre latineChapitre 30 sur 82 · UN OURAGAN AU TOURMALET I · texte numérisé non relu

UN OURAGAN AU TOURMALET I

J'essaierai donc, à mon tour, de narrer une tempête, la seule que j'aie vue. Ce n'est point un désastre fameux, ni quoi que ce soit de pareil aux tourmentes épiques de Virgile ou de Lucrèce. Ce n'est rien de comparable au sinistre de Lisbonne qui détruisit, en i~/)), la capitale du Portugal, ou bien à cette éruption du Krakatoa par quoi furent englouties la plupart des îles volcaniques de la Sonde, éruption dont le contre-coup se fit sentir jusqu'en Andalousie et dont les feux lugubres se reflétèrent, en décembre 1S85, dans l'atmosphère hivernale de Paris. Ce n'est pas non plus aux champs phlégréens où naguère Casamicciola, Ischia,

Ischia de ses fleurs embaumant Vomie heureuse,

renouvelèrent pour l'effroi contemporain les désastres de Pompéi ; ce n'est pas à travers les « cités du monde » et les villes féeriques de la mer des Indes ou du golfe de Naples que j'assistai au choc des éléments. Plus obscure est ma tempête que ce tourbillon d'octobre 18^9, illustré à jamais par la plume d'or de Michelet : car elle n'eut pas

l'Océan pour théâtre. C'est dans une simple gorge de montagnes que son ire s'exerça.

Malgré la réticence inaccoutumée des guides et l'opposition des gens nerveux, nous avions quitté Barèges par une matinée très claire du mois d'août. Il s'agissait, non d'une excursion alpine, impliquant le moindre péril, mais d'une promenade tout unie, avec déjeuner sur l'herbe et cavalcade par une route sapacieuse, carrossable aux plus mauvais endroits. Notre dessein était de gagner, en deux étapes, le col du Tourmalet, un de ces ports si communs dans les Pyrénées qui semblent ouverts, pour le plaisir des touristes, entre leurs plus riantes vallées.

La route de Barèges au Tourmalet serpente le long d'une corniche — un sourcil de montagne — qui côtoie la rive droite du Bastan. A gauche, dans une combe aride, formée par le torrent, quelques granges où troupeaux et bergers transhument pendant les beaux jours. Plus loin, les premiers gradins du Pic du Midi. En surplomb sur la route, la Hourquette des Cinq-Ours, sommet inaccesible qu'attriste la morne verdure des sapins et des genévriers. Çà et là, quelques champs

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