‹ Terre latineChapitre 31 sur 82 · UN OURAGAN AU TOURMALET I4I · texte numérisé non relu

UN OURAGAN AU TOURMALET I4I

d'iris bleus, de gentianes et d'asphodèles à travers les rochers, quelques touffes de saxifrages et de rhododendrons ferrugineux. Notre première halte se fit au bord d'un ruisseau, venu d'Escoubous, dans un lieu propice aux collations champêtres, et des sources tentantes à plonger les flacons.

Il était environ midi quand nous reprîmes, avec nos montures, le chemin du Tourmalet. Déjà les touristes expérimentés se répandaient en descriptions inéluctables et pittoresques, nous faisant escompter d'avance les beautés du spectacle et la vallée joyeuse de Campan, montrée, comme en un rêve du haut de la montagne.

Pendant ces vains discours, l'aspect des choses avait notablement changé. Une brise d'ouest qui depuis le départ nous récréait de flabellations légères avait complètement cessé. Dans l'air pesant, parfois, un souffle, comme de forge, soulevait un tiède nuage de poussière, tandis qu'au bord des pâturages quelques ouailles bêlaient éperdument. Les beaux papillons alpestres : adonis pareils à des turquoises, machaons aux larges ailes soufre ocellées d'azur, vulcains de satin noir et feu, se posaient, de toutes parts, sur les tiges immobiles,

tandis qu'en plein éther, les sacres, les gypaètes, les bondrées tournoyaient lentement, d'un rythme silencieux.

De plus en plus, l'air devenait rare et la chaleur suffocante, lorsque, soudain, les chevaux refusèrent d'avancer, en même temps qu'un troupeau de brebis s'effarait à quelques pas de nous. Puis, dans le silence que troublaient seuls des appels de berger, avec le hurlement confus du Gave, un coup de tonnerre effroyable à nos pieds. La vallée que nous dominions à présent n'était plus qu'une houle de vapeur, un brouillard sans limite, rayé, de minute en minute, par de stridents éclairs. La montagne tout entière frémissait comme si chaque sommet, après avoir enfanté la foudre, la rejetait à d'autres échos. Le Pic du Midi seul et la Pointe de Cinq-Ours dégageaient leurs fines arêtes sur le fond d'un ciel livide, parmi ces flots de tonnerres et de nuées où le reste du paysage semblait anéanti. Le drame, néanmoins, se passait loin de nous, sur les rives du Bastan, qui, furieux et déchaîné, mugissait à présent sur son lit de cailloux. Une voix lugubre secouait la haute cime des mélèzes; les pins craquaient sous la décharge du fluide épandu. Stupides, nous suivions de l'œil cette onde caligineuse, qui, de minute en minute, envahissait notre refuge, nous apportant la mort.

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