‹ Terre latineChapitre 32 sur 82 · UN OURAGAN AU TOURMALET I · texte numérisé non relu

UN OURAGAN AU TOURMALET I

c( Messieurs, vous l'avez échappé belle! » exclama l'un des guides, cependant qu'il nous montrait, dans l'opaque trouée, une soudaine déchirure, promptement élargie. Le vent changeait de direction, et balayait l'orage vers le Bergons lointain et la plaine de Luz. La vallée réapparaissait, où, dans quelques moments, nous pourrions reprendre notre route, indemnes et joyeux. Arbres tordus, granges sans toiture, chemin défoncé par l'éboulis des roches, toute une désolation ravageait maintenant le paysage que nous avions quitté naguère si fortuné. Un maigre chien ralliait, avec de longs abois, les troupeaux dispersés. Au seuil des granges, la voix aiguë des femmes se lamentait.

Mais, bientôt, un rayon de soleil vient à luire. Le ciel d'outremer lavé brûle d'un insolite éclat. Sur les herbes d'une verdure intense, des milliers d'arcs-en-ciel ; dans chaque gouttelette, une mois-

son d'opales et de cristaux en feu. Malgré l'ondée persistante, sous cet éclat de fête, la beauté des choses, l'éternelle sérénité des monts a vite fait d'apaiser ce qui reste de nos terreurs, et c'est le cœur léger, que, cinglant nos montures fumantes, nous redescendons vers Barèges,au refrain entonné par nos guides, air de bravoure et de tendresse que la légende pyrénéenne fait remonter, pour plus de gloire, au beau comte Gaston Phcebus :

Ces claires montagnes Qui tant hautes sont M'empêchent de voir Où sont mes amours.

Ah ! pour les atteindre Et les rencontrer, Je passerais l'onde Sans peur d'y mourir.

Ar gelés, 12 septembre 1896.

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Historiette de jadis

a stupide affaire de la maison Giraud nous remet en mémoire l'accident arrivé, il y a deux siècles, à Charles Coypeau-Dassoucy, dans la capitale du Bas-Languedoc.

Certain complot fomenté, sans doute, par les aïeux des iconoclastes acharnés sur Injalbert, conduisit presque au bûcher l'infortuné rimeur.

En ce temps béni du Roi-Soleil, le principe d'autorité ne sourirait pas la moindre gêne. Pour peu qu'un homme de néant, poète, libelliste, chansonnier, eût, par quelque brocard, offusqué la maitresse, l'apothicaire, le confesseur ou le valet, telle discrète maison, Châtelet sinon Bicêtre, emprisonnait le délinquant.

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Lorsqu'un peu de calomnie assaisonnait l'aventure et motivait l'ingérence des personnes pieuses, rien ne s'opposait à ce qu'un bon mot conduisît son auteur en place de Grève. Tartuffe molesté, avant de lâcher prise, trempait de sang ses ongles noirs.

Grâce à d'illustres protections, les vicissitudes du pauvre Dassoucy, à Montpellier, n'eurent point une fin si tragique. Le conte qu'en ont fait Chapelle et Bachaumont, dans leur voyage, s'accorde le mieux du monde à ces agréables récits, encore que les joyeux pèlerins eussent pu montrer une plus humaine condoléance aux méchefs de leur ami.

Ce fut une hilare, une plaisante figure que l'artisan à' Ovide en belle humeur. Poète misérable autant que bon joueur de luth, il se nommait, sans vergogne, Empereur du Burlesque et sire Dassoucy, tandis que les registres de Saint-Étienne-du- Mont, sa paroisse, le baptisaient plus simplement du nom bourgeois de Coypeau.

Les grotesques — souvent peu intéressants — dont Gautier exhumait, en style d'or, la mémoire incertaine, ont pour la plupart bien moins de relief et de couleur que celui-ci. Voyageur ivre de

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