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HISTORIETTE DE JADIS I

fantaisie, son existence de quatre-vingts ans oscilla, sans trêve, de la prison aux courtilles, allant des cités de Misère aux pays de Cocagne, sans que ses accointances avec les grands de la terre, l'accès que lui donnait près des rois son talent de compositeur, aient modifié jamais ses humeurs vagabondes et ses goûts crapuleux.

Un vers méprisant de Boileau, ce ce stoïque constipé qui ne rit de rien », quelques bouquins dont la gaieté maussade met en fuite les curieux, voilà tout ce qui reste du pauvre Charles Coypeau. Et pourtant cet oublié eut son heure! Il « trouva des lecteurs ». Ses mélodies, pendant un siècle, firent les délices des princes et des grands. Aux accents du théorbe et de la guitare, ilcharmai'incurable ennui de Louis X 1 1 1 et fit sourire le morne souverain qui fouillait avec des pincettes la guimpe d'Hautefort.

Si indigestes que semblent à nos esprits les pantalonnades sans fin de Coypeau, leur gaieté n'est pas autrement caduque et nauséabonde que celle des contemporains.

La lecture de Scarron, de Cyrano, qui nous paraît intolérable, a passé pour joyeuse, autrefois. Ces longues farces de cuistres en liesse, les Virgîles travestis, les ^Métamorphoses burlesques. égayèrent les nobles ce alcôvistes » de Julie d'Angennes. L'odeur de crasse et de collège, la bassesse des parodies ne scandalisaient point ces raf-

fines qui, d'ailleurs, pouvaient, sans périr d'ennui, achever les dissertations muciiagineuses de YoAstrée ou du Cyrus, tant il est vrai que changent les manières du style et que les élucubrations des gens de lettres n'ont pas de plus fermes destins que la mise-bas des couturiers. Hélas! et qui donc oserait, à présent, promettre une survie de trois siècles aux meilleures chroniques de Henri Fouquier?

Lorsque Dassoucy vint à Montpellier où l'attendait un si fâcheux accueil, l'heure grave de la quarantaine sonnait déjà, et plus d'une aventure avait égayé son existence erratique. Lui-même a pris la peine de rédiger son odyssée en une prose entrelardée de rimes, selon le goût déplorable du temps.

Notre âge de confort, où poètes et notaires vivent de même façon, comprend mal ces fantasques bohèmes des anciens jours. Piliers de cabarets, toujours à la recherche d'un gîte ou d'un écu, ils faisaient bon ménage avec la pauvreté, regardant le ciel par le pertuis de la bouteille et fredonnant, après boire, leurs chansons en méchants vers. Parmi ces bizarres personnages, Dassoucy fu t un prédestiné.

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