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HISTORIETTE DE JADIS I

Son père, avocatau Parlement, avait pris comme femme un petit bout d'amazone, prompte et colère, qui, pour réparer le défaut de sa petite taille, portait des patins si hauts — nous dit son fils — que celui qui en aurait fendu l'écorce eût fabriqué de fort beaux cotrets. En récompense, à la qualité de chanter comme un ange et de jouer divinement du luth, la dame joignait un si merveilleux esprit de contradiction, une humeur si hérisson ne, que, durant quarante ans, elle n'était jamais tombée d'accord avec son époux. Aussi l'avocat, bien qu'homme d'érudition (hcmolitteratus) et quelque peu gentillàtre, n'osait ouvrir la bouche, de peur d'être rabroué ou même pourfendu.

Après une scène un peu vive où les deux époux, ayant mis l'épée à la main, se cuidèrent égorger, chacun tira de son côté, après avoir partagé meubles et deniers.

Bien que le gamin eût été dévolu à son auteur, sa vie ne fut guère plus heureuse après le départ de Mlle Coypeau. Une servante-maîtresse avait pris, chez l'avocat, la place de la Bradamante exilée. Elle appelait son beau-hls de la main gauche « petit diable »,qui la traitait à son tour de ce carogne » et de « maman putain ».

Après quelques mois de cette intimité, l'enfant prit, un beau matin,

Ce bijou sans pareil nomme la clef des champs,

IfO TERRE LATINE

et commença de courir le monde, à peine entré dans sa dixième année.

Après avoir planté sa tente en divers lieux, il pensa tout d'abord se fixer dans Corbeil où l'abbesse d'un noble couvent l'envoya d'abord garder les « codindes », pour témoigner l'estime qu'elle faisait de son mérite. Plus tard, cette majestueuse personne, l'ayant ouï parler grec et le jugeant, sur cet échantillon de belles-lettres, fils d'honnête race, afin de montrer en quelle révérence elle tenait l'idiome d'Aristote, le chargea, ce non seulement du soin de ses souliers, de son pot de chambre et de son éponge, mais encore de son ampoule au fard et de la boîte où elle tenait le lierre précieux de son cautère ».

De plus, elle couvrit ses épaules d'une mandille couleur de tan agrémentée de galons verts, qui n'avait servi qu'à six ou huit laquais, la bonne dame n'en changeant qu'une fois par semaine.

Après quelque temps de service, le voilà promu à la dignité de magicien et se faisant passer, chez les bourgeois de Calais, pour un petit-fils de Michel Nostradamus. Comme Gaultier de Nêves, « cet illustre Amphion » que des paysans crurent un loup-garou « et qui se trouva fort empêché de revomir un enfant qu'il n'avait pas mangé », Dassoucy eut bientôt à se repentir de sa sorcellerie. Il ne put éviter le gibet que par la fuite.

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Hors de Calais, il parcourt le monde, jouant du luth, couchant au hasard des auberges et flagornant les maritornes pour en obtenir, non l'amoureux déduit, mais du rot le meilleur et du vin le plus frais. Le duc de Saint-Simon le fait entendre aux concerts du roi Louis XIII où son habileté à jouer du luth soulève tant d'admiration que Christine de France, alors Madame Royale, n'en perd jamais la souvenance et le fait mander, trente ans après, dans son palais de Turin.

A travers champs et cités, le poète musicien poursuit sa vie nomade, tantôt dépouillé par des voleurs de grand chemin, tantôt allégé de sa pécune par des truands experts à corriger le sort. A Villeneuve-Saint-Georges, un filou d'aspect ingénu répète la scène du marchand avec le comte de Grammont et quitte notre homme sans lui laisser une pistole. Plus tard, Coypeau s'encanaille, à la triomphe, avec des juifs barbus, dans Avignon, où il laisse tout jusqu'à ses nippes, mais

où il attrape la gale. Parfois, il rentre dans Paris, annonce aux amateurs ses ce concerts chromatiques », puis déblatère sur Corneille, dont ¥c4ndromède n'a réussi que grâce à ses couplets et aux machines de Torelli.

Quant à son équipage, durant ces infatigables pérégrinations, lui-même en donne le détail à la postérité.

Sasuite était d'un âne pour porter hardes, instruments et manuscrits. Ce baudet, élevé à de si fiers destins, se pouvait comparer, en quelque sorte, au grison d'Apulée ou bien à celui qui promenait le simulacre d'Osiris, tant par le puissant organe de sa voix que par la vénération due à ses longues oreilles. Ses hautes qualités musicales étaient bien dignes du premier rang : aussi marchait-il en tête du cortège symphonique. Au surplus et nonobstant sa gloire, la bête était chargée d'un coffre tout rempli de chansons, épigrammes, palinodies et autres pièces de musique, tout caparaçonné de théorbes, d'archiluths, de guiternes et de violes d'amour. Car ce n'était pas un musicien de « bibus » que le sieur Coypeau-Dassoucy, recherché des princesses et courtisé par les rois. Il s'explique à chaque instant là-dessus avec une emphase opiniâtre et la plus parfaite admiration de soi.

Outre son âne, le poète emmenait avec lui, par l'univers, deux jeunes garçons de mine avenante, ses pages de musique, ainsi qu'il les nommait. Le

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