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HISTORIETTE DE JADIS I 5"J

favori, Perrotin, agréable vaurien porteur d'une incurable ivrognerie, avait, un jour, essayé d'empoisonner son maître, sous prétexte que le digne homme le forçait à mettre de l'eau dans son vin. Mais, quand il n'était pas gris, Perrotin faisait entendre une haute-contre miraculeuse qui concertait le mieux du monde avec les instruments. Pour cette raison. Coypeau traitait le drôle en enfant gâté, lui pardonnant ses peccadilles, jusqu'au jour où force lui fut de confier aux soins d'un guichetier ce trop indépendant élève.

La province a Tétonnement facile, une rage de calomnier ce qu'elle ne comprend pas, c'est-àdire à peu près tout. Perrotin fit sensation à Montpellier. Comme c'était le plus grand fol ainsi que le meilleur chantre de l'univers et que le mérite de sa voix lui donnait accès dans les bonnes compagnies, il ne manqua pas de médire à tort et à travers, couvrant de ridicule maintes graves personnes et daubant sur les pecques dont les simagrées emplissaient de joie son esprit frondeur.

Avec la persévérante et lâche cruauté des petites villes, un complot fut organisé qui devait perdre Coypeau et son page trop aimé.

Encore que la cour de France donnât l'exemple de toutes les débauches; que Monsieur et ses mignons, Vendôme et ses soldats, que Villars,Condé, Huxelles et tant d'autres fussent crûment chansonnés pour leurs sales amours, les simples bourgeois, sur qui pesait l'accusation de mœurs thébaines, risquaient la prison perpétuelle et même le fagot. Voici, d'après Chapelle et Bachaumont, le résultat des trames ourdies par les cafards montpelliérains contre l'imprudent joueur de luth :

Entrés dans Montpellier par la rue des Parfumeurs, nous fûmes, disent-ils, bientôt épouvantés de rencontrer en cette place un grand concours de populace. Chacun y nommoit Dassoucy : « Il sera hrûlé, Dieu merci ! disoit une vieille bagasse. Dieu veuille qu'autant on en fasse à tous ceux qui vivent ainsi ! »

La curiosité de savoir ce que c'étoit nous fit avancer plus avant. Tout le bas étoit plein de peuple, et les fenêtres remplies de personnes de qualité. Nous y connûmes un des principaux de la ville qui nous fit entrer aussitôt dans le logis... Nous apprîmes qu'effectivement on alloit brûler Dassoucy pour un crime qui est en abomination parmi les femmes... nous trouvâmes grand nombre de dames qu'on nous dit être les plus polies, les plus qualifiées et les plus spirituelles... Insensiblement la conversation tomba sur Dassoucy, parce qu'il leur sembla que l'heure de l'exécution approchoit. Une de ces dames prit la parole, et s'adressant à celle qui nous avoit paru la principale et la maîtresse précieuse :

a Ma Bonne, est-ce celui qu'on dit Avoir autrefois tant écrit, Même composé quelque chose En vers sur la métamorphose?

Il faut donc qu'il soit bel-esprit? »

HISTORIETTE DE JADIS Iff

Et la maîtresse précieuse, dans sa réplique, de gratifier généreusement Dassoucy du titre d'académicien.

Puis, d'une mine sérieuse, Avec certain air affecté, Penchant sa tète de côté Et de ce tcn de précieuse, Lui dit : « Ma chère, en vérité,

C'est dommage que dans Paris Ces Messieurs de l'Académie, Tous ces Messieurs les beaux-esprits, Soient sujets à telle infamie. »

« L'envie de rire, ajoutent les auteurs du Voyage, nous prit si furieusement, qu'il nous fallut quitter la chambre et le logis pour en aller éclater à notre aise dans l'hôtellerie. Nous eûmes toutes les peines du monde à passer dans les rues, à cause de l'affluence du peuple. »

Là d'hommes on voy oit fort peu; Cent mille femmes animées, Toutes de colère en flammées, Accouraient en foule en ce lieu Avec des torches allumées.

Elles écumoient toutes de rage, et jamais on n'a rien vu de si terrible : les unes disoient que c'étoit trop peu de le brûler ; les autres, qu'il falloit l'écorcher vif auparavant; et toutes que, si la justice le leur vouloit livrer, elles inventeroient de nouveaux supplices pour le tourmenter. Enfin

L'on auroit dit, à voir ainsi Ces bacchantes échevelées, Qu'au moins ce monsieur Dassoucy Les auroit toutes violées.

Et cependant il ne leur avoit jamais rien fait. Nous gagnâmes avec bien de la peine notre logis, où nous apprîmes, en arrivant, qu'un homme de condition avoit fait sauver ce malheu-

reux, et quelque temps après on nous vint dire que toute la ville étoit en rumeur, que les femmes y faisoient une sédition, et qu'elles avoient déjà déchiré deux ou trois personnes, pour avoir été seulement soupçonnées de connoître Dassoucy : cela nous fit une grande frayeur, en vérité :

Et, de peur d'être pris aussi Pour amis du sieur Dassoucy, Ce fut à nous à faire gille. Nous fûmes donc asse^ prudents Pour quitter d'abord cette ville, Et cela fut d'assc~ bon sens.

A une lieue de Montpellier, les voyageurs rencontrèrent notre Dassoucy avec « un petit page assez joli » qui le suivait. Le dialogue fut rapide : Chapelle et Bachaumont, en braves égoïstes, n'avaient cure d'un ami dans l'embarras. Après avoir consolé, par quelques bons mots, le désespoir du fugitif, ils suivirent leur périple de bombance, à travers les cuisines et les celliers du Languedoc.

Dassoucy ne leur pardonna jamais leur indifférence devant l'exil et le bûcher, non plus que le ton gouailleur de leur historiette. Cela tient, sans doute, à ce que le pauvre sire n'avait point assez fortement éduqué son âme, ne pouvant lire, à cette époque, les œuvres de monsieur Barrés.

e^^3Çre

Un Tyrtée calviniste

gris

e douteux printemps — soleil et bourrasques — flagelle d'absurdes ondées le vert ingénu des feuilles, les pierres grises des maisons. Une averse rayée parfois d'un p brusque de lumière, pleureusemenr, dégouline sur les toits dont Remy Belleau magnifia 1' « ardoise fine ». Et Blois,

Cet escalier de rues Que n'inonda jamais la Loire, au temps des crues,

se transforme, pour nous, en cascades vagabondes, en un jeu contrariant de Grandes Eaux. Denis Papin grelotte, nonobstant le brasier de sa marmite, cependant que les yeux aveugles d'Augustin Thierry pleurent d'esseulement parmi cette

grisaille. Voilà bien le jour atone rêvé par le désespoir du poète :

Monteç, brouillards; jete% vos cendres monotones, Avec de lourds haillons de brunies, dans les deux Que noiera le marais livide des automnes...

Et toi, sors des étangs lèthètns, et ramasse, En t'en venant, la vase et les blêmes roseaux, Cher Ennui* ...

Certes, le château de Blois est un lieu, entre tous, propre à la méditation. Ce ne sont point des heures perdues que la promenade sous ces murs où tout un siècle de notre histoire a vécu. Nul refuge mieux approprié contre le ciel maussade et les gens nidoreux. Les touristes évités, le suisse garni de quelques piécettes et convié au mutisme, nous restons seuls dans les appartements que tant d'illustres souvenirs ennoblissent à jamais.

Depuis la maison de Louis XII, bourgeoise et sans grandeur, jusqu'au flamboyant degré de François Ier, il n'est pas une seule pierre, en la vieille demeure, qui ne porte l'estampille du majestueux passé. Ici, la cordelière qu'adopta, pour son veuvage, la duchessede Bretagne, enguirlande le cygne de Valentine; là, près du hérisson des Orléans, l'héraldique hermine et la salamandre

* Stéphane Mallarmé. l'A-jtr.

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