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RUINES SEIGNEURIALES

dormirent en ses murs. Ce n'est rien moins, en effet, que l'ancienne hôtellerie des Trois Chandeliers, on, s'il en faut croire un acte de la tabellionnée de Montfort, « Henri IV, d'heureuse mémoire, a aucune fois logé quand il prenait ses plaisirs dans la forêt de Gambaiseuil ». Une venelle de dix-huit pieds de large séparait la porte cochère du perron de l'église, fournissant aux divers aubergistes une admirable matière à procès. Ce furent, aux seizième et dix-septième siècles, d'interminables plaidoiries entre les propriétaires mitoyens, ceux de la maison Noël- Gaillard et ceux du Petit Cimetière. La comtesse de Pimbêche n'est point, en effet, une imagination poétique. Le monde réel fournissait, aux époques heureuses de la royauté, d'incurables chicanous.

Par les jardins en terrasses échelonnés jusqu'au parc Petau, les dépendances des « Trois Chandeliers » descendaient aux remparts et gagnaient les « Poulies », ainsi nommées des prés humides où les « pouliers », avant l'eau de javelle et nos lessives spagyriques, faisaient blanchir toiles et linceuls.

Chaque habitation, demeure bourgeoise ou logis seigneurial, porte, à Montfort, l'empreinte des vieux âges. D'autres souvenirs, plus près de nous, en illustrent la solitude. C'est ici que Roucher, la veille desamort, adressait à sa sœurEuialie,

à ses enfants réfugiés près d'elle, le quatrain qui survit au naufrage des « Mois » et perpétue le souvenir de l'auteur:

Ne vous étonne^ pas, objets tristes et doux, Si quelque air de tristesse assombrit mon visage; Quand un crayon savant dessinait mon image, J'attendais l'echafaud et je pensais à vous.

C'est d'ici que Victor Hugo, en octobre 1825% a daté ce la Fiancée du Timbalier » avec l'une de ces « odes » redondantes qui ne présageaient guère le poète qu'il fut depuis.

Ecarte^ de vos murs ceux que leur chute amuse! Laisse^ le seul poète y conduire sa muse, Lui qui donne du moins une larme au vieux fort Et, si Y air froid des nuits sous vos arceaux murmure, Croit qu'une ombre a froissé la gigantesque armure D'Amaury, comte de Montfort.

La vieille acropole des Almaric et des Simon rattache, par un lien de sang, l'histoire de ses Comtes aux fastes du Languedoc. Comme un oiseau de proie, ivre de sang et de carnage, le douzième seigneur de Montfort quitta son aire féodale pour mener, à la tête des barons français, l'immonde Croisade contre les Albigeois. Rapine et fanatisme combinés! Gouverneur de Toulouse

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