LA PROSE DE L ANE
De nos jours, les fêtes de l'Ane sont à peine un reflet dans la mémoire du liseur.
La «Nef des fols », où le xve siècle embarquait si volontiers sa névrose, a mis ses passagers en terre ferme, sans que nul chaperon à clochettes les distingue du premier venu : « Tapa fatuorum incensabitur cum boudino : le pape des fous sera encensé avec un boudin, » prescrivait l'antique formulaire; mais Quasimodo, présentement électeur, déclinerait ces familiarités.
Seule, la T)anse des zMorts poursuit son branle à travers l'humanité. Chaque heure qui tinte, chaque année qui s'efface, marquent le pas de la blême farandole. Et le sage, en attendant que vienne son tour, se divertit aux grimaces pitoyables, aux lâches contorsions des macabres danseurs.
Paris, le 31 décembre 1S96.
Pour les Victimes de la Mer
§\^A\y e tous ^es ergastu^es5 des chantiers où, '&))} sans trêve, le combat opiniâtre s'ac- •^£&. complit du labeur contre la faim, il n'en est pas d'aussi funestes ni de plus redoutables que la Mer. Aux rudes laboureurs de la glauque prairie, la vague homicide et féconde ne livre ses richesses qu'au prix d'incessants, d'héroïques efforts.
Partout ailleurs, au moins, le duel du prolétaire et de l'indigence a pour théâtre un milieu respirable. Le noir mineur, lui-même, dans l'étouffante galerie où la foudre le menace, le mineur boit encore, à pleins poumons, l'air qui engendre la vie. Le tâcheron de la glèbe dilate sa poitrine au souffle ami des champs, tandis que le rameur, sur sa planche audacieuse, court au-devant de