LE DERNIER REFRAIN
poème rustique et fraternel à la manière de Pierre Dupont.
Jules- Jouy avait eu l'honneur de donner, avant l'éternel silence, un chant digne de sa gloire à la Muse des faubourgs.
Le café-concert date à peine de trente ans, ainsi que l'a établi fort exactement Maurice Lefèvre, dans son amusante étude sur les ce Gestes de la chanson ». Malgré cette origine d'hier, le temple du refrain canaille et de la scie ignominieuse ne compte plus les fidèles de jadis.
Les grivoiseries cyniques, allant du pétomane au lupanar, ne suffisent plus aux abrutis qui hantent ces endroits : la gymnastique fantomale des minstrels, l'appât de la petite pièce sont seuls capables de les retenir. Mais, si le beuglant périclite, la chanson ne s'en porte pas plus mal : au contraire. Je n'oserais ici proférer des noms, par crainte d'oublier quelqu'un des plus méritants. Jamais l'odelette satirique, jamais les couplets amoureux ne furent chantés avec une pareille abondance par d'aussi excellents auteurs. De Ferny à Montoya, de Privas à Jehan Rictus, toute l'ironie et toute la grâce ont revivifié l'antique
Muse gauloise, et l'on peut dire que la manifestation en faveur de Jules Jouy fut comme une apothéose de la romance, au crépuscule du siècle qui
Au fond de l'âme, toute Française garde un je ne sais quoi de tendre pour la romance, un goût de modiste pour l'azur artificiel de sa petite fleur bleue. Maurice Lefèvre, déjà cité, juge que la même corolle s'épanouit dans l'âme des plus sinistres voyous et je ne serais pas surpris que son opinion fût de quelque vérité.
Oyez plutôt les chansons que radotent, au fond des cours noires et dans telles impasses des quartiers populeux, les citharistes de la rue. Il n'est question, là dedans, que de lilas en fleurs, de baisers sous les branches et de ce printemps éternel où les brunisseuses rêvent, au bras d'un « petit homme bien gentil », de regarder la feuille à l'envers, dans un paysage fnturier.
J'ai connu, moi jouvencel, la plus parfaite incarnation de la romance pudibonde, amoureuse et printanière : Mme Loïsa Puget, qui passa les dernières années de son existence dans une perpétuelle villégiature, entre Bagnères et Pau.