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mérite, celui d'attester en quelle puérile abomination force ce jeunes» d'alors tenaient encore les philistins, si recherchés par la suite. Bousingots de la dernière heure, les compagnons du saint religieux fermaient, devant l'Épicerie triomphante, le cycle des ce engueulades » mil huit cent trente, et pour la suprême fois, après quarante années, suscitaient en un mourant écho les hurlements du Lycanthrope ou de Charles Lassailly.
Ces jours de vaillantise ne sont plus. Le goût des gilets à la Robespierre et des hurlements contre Joseph Prudhomme est presque aussi démodé que les bals de la Grande-Chaumière, que la romance de Mimi Pinson.
L'insipide Miirger, dont quelques bélîtres exhumaient, naguère, la crasseuse mémoire, n'a pas créé de fantoches plus oubliés que ces ingénus pourfendeurs lâchés par l'emphase romantique sur les moulins à vent du Tiers-État. Braves garçons que Vallès appelait les « victimes du livre » et Cladel les « martyrs ridicules » !
A la colère inorTensive de ces révoltés en règle avec le percepteur et bien venus de leur concierge, d'autres haines ont succédé, profondes, silencieuses et durables, — - immiséricordieuses et froides comme le siècle de fer et d'argent ou nous vivons.
Le révolutionnaire d'antan — barbe de forge-
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ron, cheveux d'apôtre et gestes effrénés — cède la place qu'il occupait avec tant de farouche candeur aux calmes théoriciens d'à présent. Ceux-ci n'espèrent pas guérir la vieille souffrance humaine avec de creuses rhétoriques : mais, sachant penser, ils osent aussi vouloir et montrer le but aux
Jeunes hommes des temps qui ne sont pas venus.
Les aubergistes de Bigorre, les troglodytes du Marais, les apédeutes de la Basse-Bretagne, les illettrés pisseurs d'encre du « Coq d'Or » n'imaginent guère la somme d'élégances, la haute aristocratie d'allures que comporte, en notre an de grâce mil huit cent quatre-vingt-quinze, l'état de révolutionnaire et la fonction tout à fait « swager » de martyr.
Cette forme actuelle du dandysme n'est, en aucun lieu, plus sensible que dans Y Itinéraire de éMa\as à Jérusalem, par M. Zo d'Axa. Moins grandiloque, mais non moins dédaigneux que le Vicomte, l'ancien rédacteur de Y En-Dehors raconte ses démêlés avec la ce flique » internationale, d'un air qui ferait monter la rougeur au front de toutes sortes d'espèces autres que l'espèce mouchard.
« La police, disait Champcenetz, est une chose si abominable que les Turcs préfèrent la peste et les Anglais les voleurs. »
Champcenetz cependant ne connaissait point
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les œuvres « littéraires » des sieurs Puybaraud et Macé, niles visites domiciliaires du vieux Clément, ni les bombes éclatant, par les rues désertes, sur la nuque des dîneurs attardés.
Héritier de ce tour dédaigneux et de ce don exquis d'impertinence tournée en madrigal qui biasonnait le pamphlétaire des oicres des apôtres, Zo d'Axa stigmatise les guichetiers contemporains comme Champcenetz en personne l'eût pu faire. Ce ne sont pas les éMie Trigioni de Silvio Peilico, ce pleureur et ce raseur, que détaille un si parfait gentleman. Encore qu'il ait grandement souffert de la pauvreté, de la fuite et de l'exil; encore qu'il ait été plus souvent garrotté et passé à tabac que n'importe quel récidiviste, aucune souffrance n'a pu altérer la dédaigneuse bonne humeur de Zo d'Axa. Aux stupides bourreaux le pourchassant de frontière en frontière, aux espions valaques, aux geôliers napolitains, aux gendarmes nègres, il offrait son ironie boulevardière, son imperceptible haussement d'épaules et son indifférence de mondain, contre quoi s'ébréchaient la méchanceté des sauvages, la stupidité des brutes, le cannibalisme des mouchards.
Plaisir aristocratique de déplaire! » Ce mot
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effrayant du plus effrayant poète suffit à expliquer, sans doute, pourquoi les révolutions n'ont jamais d'autre chef qu'un patricien, pourquoi les vengeurs de peuples se recrutent — sans exception — parmi les aristocrates de naissance ou d'intellect. Sans attester le souvenir lointain des Gracques, de Faliero, de Fiesque ou de Mirabeau, ne voit-on pas chez la plupart des régicides, anarchistes, meurtriers politiques de tout ordre, ce mépris de la foule, ce dédain de l'opinion vulgaire et cette hauteur d'âme que nous apprîmes jadis à vénérer, sur les bancs du collège?
Les délinquants d'aujourd'hui, héros possibles et martyrs de demain, guillotinés parfois sur un échafaud pour ressusciter en bronze sur un piédestal, ont, en tout cas, rompu avec les figurants de la comédie sociale. Quel que soit leur acte, — forfait ou bien exploit, — le rôle de comparse ne suffisait pas à leur désir de vivre. Ils ont agi. Les conjonctures seules ont déterminé leur gloire, en ont fait des Césars ou des monstres, — Napoléon ou Raskolnicoff, suivant l'heure, la race et le milieu.
Mal instruite de ces arcanes, la foule s'y trompe souvent. Lorsque, soit par dégoût d'écrire, soit
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par L'horreur qu'éprouvent les marchands de papier à mettre en œuvre des forces jeunes, un « oseur ■» comme est Zo d'Axa garde longtemps le silence, il est bien vite oublié du populaire, — eût-il été « conspué » comme anarchiste et ce flétri » devant le comptoir de la vieille Thémis.
Ah! bonnes gens, qui pourrait le croire? Ce mince et robuste garçon, aux yeux bleus sincères, à la barbe d'or; ce condottièro du Bronzino descendu de son cadre pour se vêtir à la moderne, ce gracieux jeune homme, chère madame, c'est un perturbateur des dogmes établis, un bandit sans foi ni clémence, un chauffeur, pourrais-je dire, un camorriste, un Fra Diavolo! Oui ne s'y tromperait pourtant? Et quel sport que celui d'ajuster ainsi des explosifs dans le silence du cabinet!
Si contrefaite est la noirceur de Zo d'Axa que les brigadiers eux-mêmes, les agents de la Sûreté. — ingénieux cependant et perspicaces comme Zadig ou comme Auguste Dupin, — s'y laissèrent prendre et firent écharper un doux idiot, cependant que s'évadait l'authentique malfaiteur.
Lui-même, avec cynisme et belle humeur, nous a conté cette évasion. Le récit donne bien le ton du livre, d'un esprit charmant qui semble avoir hérité les grâces, le badmage et ce talent de n'appuyer sur rien, en disant toute chose, où le siècle de Voltaire excella :
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Si l'on ne pensait pas au défunt, on ne songeait guère à moi non plus.
Après boire, les agents sortirent prendre l'air devant le poste.
C'était le moment.
En face de moi, une fenêtre, égayée de capucines, s'ouvrait, donnant sur le Jardin des Plantes. Rapide, je franchis comme un cerceau de feuillage et pris ma course par les allées...
Un mince treillis de fil de fer rompu, le bruit de ma chute, donnèrent l'éveil.
« Arrêtez-le ! »
Et, plus vite, j'allais parmi l'étonnement des promeneurs de cette journée de dimanche.
« Arrêtez-le ! »
Derrière moi, déjà, une meute s'était formée, hurlante. Je percevais l'éclosion d'une cruauté timide, s'enhardissant crescendo.
La foule s'éveillait, se mettait en branle. Et tous.
Et de partout.
De proche en proche, s'enflait la voix, murmure confus qu'aiguisaient maintenant des cris de femmes, et c'était jusqu'à des enfants me jetant leur corde dans les jambes.
Je tournai court et, par malechance, vers une sortie donnant précisément sur cette même rue où se trouvait le poste, quelques cent mètres plus bas :
« Arrêtez-le, arrêtez-le ! »
C'était l'hallali. Il me fallait courir en droite ligne tandis qu'en avant, prévenus par les cris, des hommes se massaient, barrant la route.
Un individu se campa devant moi, les bras tendus : « On ne passe pas ! »
Je répondis le poing sur la face du policier-amateur, ce pendant que de plus belle on criait :
« Àrrêtez-le, c'est un anarchiste! »
Le peuple ne s'y trompa point :
L'amateur étant mal vêtu, ce fut lui qu'on prit pour l'anarchiste !
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Avec un ensemble touchant, à bras raccourcis, l'on tomba sur le courageux citoyen :
« Mais ce n'est pas moi, » implorait-il.
Rien n'y fit. Et tout cela se passa si prestement et avec un tel entrain que le bonhomme était à demi assommé lorsque les sergents de ville arrivèrent.
« Ce n'est pas moi ! ce n'est pas moi ! » répétait-il eh se cramponnant à mon veston...
« Tu vas te taire ! » rirent les agents en lui bourrant la figure ; tu es plus coupable que lui.
Dans la confusion, ces brutes avinées croyaient que le pauvre sire trop zélé avait voulu favoriser ma fuite... Tout à la fois j'étais pris et assez rudement ramené vers le poste.
La foule, ignoble et lyncheuse, hurlait sur notre passage, faisait la haie, agitant les poings et les cannes en un hystérique désir de porter des coups anonymes.
Lâche peuple !
Et c'était le blessé qu'on visait !
Ma sauvegarde fut d'être intact et mieux vêtu, la tête haute et le regard sûr. Un seul faux pas et j'eusse été traité comme l'autre.
Certes il est parfois de bonnes heures pour les opprimés. Si les ingénieurs sont de grands dramaturges, Notre-Dame-de-la-Rousse me paraît exceller dans le vaudeville, par delà Bisson, ou Gandillot lui-même. Et ne trouvez-vouspas, comme je fais, que la bêtise des bourreaux constitue, pour les victimes, un amusement sans pareil?
Stanislas de Guaita
e grand jour annuel est achevé. Déjà, le froid crépuscule où s'attardent les soirs proclame l'immanent renouveau des choses, la jeunesse pérennelle du soleil. Au gui, l'an neuf! Sous les rameaux lustrés de sève, pointe déjà le vert frileux du jeune printemps. Joie ironique et sereine. La nature accomplit majestueusement sa tâche superflue, irritant de son implacable beauté notre douleur de vivre et de mourir. A juste titre, la renaissance de l'année est une fête d'enfants. Pour eux qui ne savent pas encore l'amertume et le dégoût, pour eux dont la puberté continuera l'humaine descendance, la fuite des ans n'a que des rires et des baisers. Nous qui, dans le retour de la lumière, pressentons