STAN'ISLAS DE GUAITA
d'apaiser sa mauvaise humeur, son humeur de bureaucrate grincheux et illettré, l'Occultisme est devenu un moyen si fréquent d'épouser de vieilles dames, pour les Mangins sans talent ni beauté, qu'un peu de discrédit flotte dans ses ténèbres.
Il n'en était pas ainsi quand Guaita — le premier — s'efforça d'en relever l'étude, quand il reprit, sans guide ni conseil, l'œuvre interrompue de Martinez Pascalis et de l'abbé Constant. Il ne s'agissait point alors de faire voir la lune à des pecques luxurieuses, ni d'exploiter les jocrisses métaphysiques. C'est vers l'azur impollué, vers la science même que tendait l'effort de l'artiste, du mystagogue et de l'érudit.
L'illusion du plan astral n'était pas le seul qui attirât chez Guaita quelques-uns de ses plus fidèles. Devant la Mort qui rompt tous les voiles et permet aux survivants une entière franchise, pourvu que le respect orne la vérité, j'oserai dire quelle faiblesse nous enleva un ami si précieux. D'ailleurs, les mémoires du temps rendent aisée cette indiscrétion posthume. Comme le serpent de la royale courtisane, la seringue de Pravaz darde sa flèche mortelle sur les plus nobles tombeaux. Dès sa
prime jeunesse, Guaita pratiquait, sans la moindre retenue, une exécrable hygiène morphique dont il faisait part à maints disciples trop convaincus.
Le gentil poète Edouard Dubus qui, lui aussi, croyait aux apparitions, aux fantômes, à la culture du génie par les alcaloïdes, trouva la morr dans ces orgies pharmaceutiques. Il découvrait des revenants dans les placards. Il se faisait interviewer par Léo Taxil touchant le palladisme et les dernières nouvelles de l'Enfer, jusques au temps qu'il en mourut. Cela n'était pas, si je l'ose dire, plus idiot que les brefs de Léon X 1 1 1 à miss Diana Vaughan.
Snobisme, ivrognerie, appétit d'oublier ou besoin de dormir, combien cédèrent, parmi ceux que nous aimons, à la suggestion illécebrante des « poisons de la volonté » ! Musset, poor Lélian, Edgar Poe, Villiers de l'Isle-Adam se noyèrent dans l'alcool. Baudelaire et le maître conteur disparu d'hier ne surent pas défendre leur génie contre l'opium. Stanislas de Guaita grossit le nombre des victimes.
Comme tous les besoins surajoutés à la vie passionnelle par l'industrie des hommes, la luxure
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des herbes vénéneuses croît en proportion de l'usage. C'est un amour qui est fort. Il ne connaît ni le repos ni le dégoût; il ignore aussi bien la satiété que la fatigue. Quincey l'a magnifié dans un dithyrambe impérissable : « O juste, subtil et puissant opium! » L'auteur des Taradis artificiels lui consacra ses plus beaux vers :
Un soir Vdme du vin chantait dans les hou teilles : « Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérite, Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles, Un chaut plein de lumière et de fraternité !... En toi je tomberai, végétale amhroisie, Grain précieux, jeté par l'étemel Semeur, Pour que de notre amour naisse la poésie ! »
Tant de sublimes impostures ne sauraient cacher l'exécrable vérité. C'est la mort atroce et misérable qui donnera seule, au buveur comme au theriaki, le repos souhaité, l'oreiller bienvenu où la douleur s'endort.
De toutes les infatuations humaines, de toutes les Idoles de cavernes . comme disait en son patois philosophique le chancelier Bacon, il n'en est pas de plus tenace que l'erreur qui nous porte à faire de nous même le centre de l'Univers. Cette sot-
tise, généreusement cultivée par les religions de tout poil dont elle favorise le commerce, prête aussi une base aux « sciences occultes », congrégations laïques de la vieille spiritualité.
Les gens tiennent à conserver leur moi, en raison directe de son insignifiance. Un fait bien digne de remarque, c'est l'acharnement à maintenir sans fin leur vie intellectuelle de ceux qui n'ont jamais vécu par le cerveau. Joignez à cela mille craintes superstitieuses, l'incapacité des femmes à saisir une idée abstraite, le souvenir des morts et l'appréhension vile du trépas. Voilà quelles portes sont ouvertes aux doctrines religieuses, honte et malheur éternel de l'humanité.
Comme l'a fort judicieusement indiqué André Lefèvre, les dogmes des races cultivées : christianisme, judaïsme, bouddhisme, et l'inepte déisme de l'inepte Voltaire, ne sont ni plus logiques, ni plus propres que le fétichisme des nègres les plus abjects. C'est toujours la même exploitation du faible cœur humain par le prêtre avide, implacable et rusé, la même jonglerie scélérate pour larronner le travail d' autrui.
Pourtant, l'honneur des occultistes — ceux du moins qui ne vivent point de leur métier — sera d'avoir tenté une renaissance divine. La Foi, sans le pontife, c'est déjà trop : car la Foi porte le germe de tous les crimes, de toute la bêtise, de toutes les horreurs. Guaita rêva de la concilier avec la