COMÈTES CHAUVES
Hérauts de l'inconnu, prophètes du nouveau,
eaux, «penseurs », rapins, philosophastres, Hélas! que j'en al vu rater de futurs astres Et faillir par la main, la langue ou le cerveau! Que d'aigles déplumés! Que de comètes chauves! Que de beaux fulgurants du veut contraire atteints Fument dans un suif roux, lampions mal éteints! Et combien ont sauté de l'absinthe aux guimauves! Chez un huissier normand, Platon a mis d'accord Son génie et son ventre après bien des commerces. Dante fait, ohe\ Havas, les « nouvelles diverses ». Brutus est rond-de-cuir ci la gare du Nord. Axant trouvé partout les duchesses adverses, Byron se meurt d'amour dans les bras de Ricard.
Ironie injuste et cruelle! C'est avoir tort que d'avoir trop raison, et le manque de pitié confine ici à la bêtise. Pour nous, qui connaissons les dures angoisses du travail littéraire, les affres qu'entraîne, chaque jour, le pourchas de l'idée, nous n'imiterons point l'exécrable pamphlétaire. A l'artiste impuissant, à l'écrivain découragé, à
Robert de La Villoyo, tombé sans force aux pieds de la Gloire décevante, de l'insaisissable Beauté, nous porterons un tribut d'émotion fraternelle. Qu'il repose en paix, dans la mémoire de ses compagnons, parmi les lutteurs inconnus et les apôtres sans auréole qu'une volonté d'art fit étrangers à ce monde sans âme, à ce monde sans entrailles, d'arrivistes et de boutiquiers.
Monl fort-Y Amaury, 10 octobre i8pj.
Les Chanteurs de S^Gervais
es « Chanteurs de Saint-Gervais » ont fait entendre récemment, en leur église paroissiale, la messe du Pape Marcel, ainsi que divers morceaux polyphoniques de style figuré se rattachant par leur date et par leur caractère au cycle de Palestrina. Cette fête surérogatoire à la commune liturgie fut mise sous l'invocation du Paraclet (la plus négligée des Trois Personnes), ayant pour objet d'appeler ses faveurs et sa lumière sur la rénovation, en France, de la musique religieuse. C'est du moins ce qu'attesta dans un programme vert M. l'abbé Noyer, directeur spirituel de l'OEuvre, et l'un de ses adeptes les plus compétents, s'il en faut juger par les ins-
tructions savoureuses dont il accompagne trop rarement la musique sans pareille que Ton fait chez lui.
Le fondateur de l'Association des Chanteurs de Saint-Gervais, M. Charles Bordes, secondé par un clergé soucieux de restaurer en son antique dignité le chant liturgique, assuma, depuis quelques années, la lourde et glorieuse entreprise de remettre en leur lustre primitif les grands artistes des quinzième, seizième et dix-septième siècles, depuis Jean Ockeghem, le flamand argentier de Louis XI, qui consacrait son loisir à écrire des motets, jusqu'à Thomas Luis da Vittoria, le Zurbaran de la musique.
Avec la fermeté que donnent les nobles passions de l'intelligence, M. Bordes marcha vers son but, insoucieux des obstacles et noblement certain de ramener au Beau le goût du public, malgré l'abjecte sottise où, si longtemps, l'incurie sacrilège des maîtres de chapelle emprisonna l'Art divin commis à leur fidélité. Enlever les croyants et les esthètes aux indécences coutumières dans la plupart des églises de Paris; supprimer les cafardes romances de Gounod, les borborygmes pieux de Massenet aussi bien que les jovialités répugnantes de Rossini, cet oublié fantoche dont le Srabar contamine encore, chaque Vendredi Saint, les orgues de Saint-Eustache; faire comprendre aux pasteurs comme à