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LES CHANTEURS DE S A I N T-G E R V A I S

leurs ouailles que c'est manquer à la fois de respect au génie et au culte que d'insérer tel passage de Wagner ou de Schumann dans les offertoires ou les sorties, en guise de musique rituelle; former des choristes capables de rendre avec intelligence et précision les ouvrages des anciens maîtres catholiques, tel fut d'abord le soin des artistes de Saint-Gervais.

Cette palingénésie des arts plastiques du moyen âge, dont se magnifia, vers 1830, l'École romantique, nous semble l'exacte figuration des travaux auxquels s'adonnent présentement M. Bordes et ses chanteurs. La belle statue musicale, au visage patricien comme les vierges de Lucca délia Robbia, la statue aux chastes draperies se dégage, sous leurs efforts, des empâtements ignobles et du grotesque badigeon sous quoi disparaissait naguère le surhumain de sa beauté. Réintégrée près de l'autel, voici qu'elle rayonne sans partage, tandis que s'effondrent en oubli les idoles adventices qui la crurent supplanter.

Après une « semaine sainte » organisée vers 1889, avec M. Vincent d'Indy, Charles Bordes vit venir à lui tout ce qui montre, dans Paris, quelque curiosité pour les tentatives d'art, non encore déflorées par le snobisme et l'admiration automatique des mondains. Dans l'humble nef de Saint-Gervais, les chaises d'abonnés portaient plus d'un nom illustre de poète ou d'écrivain.

Stéphane Mallarmé, qui chanta le plumage instrumental des Séraphins et les musiques du silence, y rencontre Catulle Mendès, dont l'agile et délicat esprit ne demeure étranger à aucune manifestation d'art. Même, on y put voir le Sâr Joséphin, queue-rouge professionnel du Mont-Salvat, lequel atténuait de bamboulas préraphaélites la mélancolie des Jours Saints.

Après avoir fait connaître à son auditoire les œuvres de Palestrina et révélé cette pléiade qui gravite autour du grand compositeur romain comme, autour d'Homère, poète souverain, les aëdes antiques, M. Bordes n'estime pas avoir achevé sa tâche. Les messes d'Orland de Lassus, de Goudimel et de Josquin des Prés, les motets de Nanini, de Felice Anerio, de Clemens-non- Papa, forment, certes, une gerbe musicale dont plus d'un s'enorgueillirait, dans le repos.

Mais, bien avant ces richesses et légué par les âges héroïques du christianisme, sinon par la civilisation hellénique, mère de tout art et de toute religion, un incomparable trésor s'amassait que mutilent, depuis des siècles, ses indignes héritiers.

C'est le plain-chant ou chant grégorien, contemporain de cette autre création populaire : la Vie des Saints, que Michelet compare à une jeune végétation couvrant de feuilles et de fleurs la vieille masure romaine convertie en monastère. A ceux qui ont entendu ces touchantes et pures

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