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LES CHANTEURS DE SA I NT-G ERV AI S 2Ç I

mélodies vociférées par les maîtrises diocésaines, l'enthousiasme paraîtra tout au moins superflu.

Les mugissements des chantres, les clameurs du serpent que l'orgue, dans les paroisses riches, supplée avec une exécrable fidélité, ne peuvent, en effet, donner une idée, même confuse, des souples et libres harmonies que renferme le chant grégorien dûment exécuté. C'est la foi d'une race jeune et son âme héroïque chantant, comme elle bâtissait des cathédrales, pour gagner le Paradis.

Dépositaires de la tradition grégorienne, les Bénédictins de Solesmes et nommément les PP. Maugreux et Pottier ont pu reconstituer les chants de leurs offices, avant que d'indignes mutilations aient à jamais oblitéré les neumes, tantôt élégiaques, tantôt gracieux, supprimés par l'impéritie des chantres, et le texte lui-même dont l'esprit semblait irréparablement perdu. Mais leur bréviaire, gravé pour un seul usage, est écrit à la manière antique, en vieux caractères de plain-chant. Cette notation barbare, dont Lucien Descaves compare si justement les signes à des prunelles d'aveugle, est, pour le plus grand nombre des choristes, d'une lecture indéchiffrable. En attendant que M. Bordes réalise son idéal d'une école où se formeront des choristes modèles, il lui faut recruter au hasard sa chapelle, emprunter des exécutants aux professions les plus diverses. Employés de bureaux, choristes de

théâtre, ouvriers même, tels sont les collaborateurs qu'il s'est donnés. Il est évident que ces gens, longuement occupés à d'autres labeurs, ne peuvent s'informer d'un si étrange alphabet de sons et joindre cet apprentissage stérile à l'étude qui prend leurs heures de repos. C'est pourquoi M. Bordes et ses associés se proposent de graver en notes ordinaires et sur des portées de cinq lignes, avec les indications habituelles de mesure et d'expression, tous les textes du plainchant.

De si hautes ambitions (et j'omets encore ici quelques-uns de leurs plus beaux projets : assises annuelles de chant religieux, création d'une école de musique religieuse moderne, amélioration du répertoire des organistes, etc., etc.) méritent la sympathie efficace et cordiale de quiconque garde l'amour de cette pauvre musique si maltraitée à Paris et que ses défenseurs professionnels exaltent parfois de si étrange sorte.

Il ne saurait être question ici d'indiquer, même en effleurant, tout ce que porte d'intérêts multiples TOEuvre de Saint-Gervais. L'humble rôle de greffier suffit en la matière, que de plus compétents sauront développer en des pages moins hâtives. Heureux, quant à nous, si nous pûmes accroître le bon vouloir de quelques-uns envers une si noble tentative. La remise en honneur de la musique sacrée vaut bien qu'on se détourne

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