LES CHANTEURS DE S A I NT-GE R V A I S
quelque peu des histrions accoutumés et de l'abjection permanente des spectacles.
Cet effort pour retrouver les antiques accents de la prière et les rythmes défaillants d'un art qui fut si beau, n'est-il pas ce qui se peut imaginer de plus grandiose et de plus touchant à la fois?
Puisse une fortune prospère suivre les nobles artistes de Saint-Gervais et la musique religieuse renaître parmi nous. Car elle sait, la Muse virginale, et mieux qu'aucune de ses sœurs, endormir les chagrins : elle est Notre-Dame-la-Consolatrice, aux pieds de qui s'endorment les rancunes et les douleurs humaines, celle qui porte aux grandes âmes la jeunesse perpétuelle avec l'oubli réparateur.
Salut au poète Armand Silvestre
e n'est point sans quelque hésitation que je prends ici la parole, pour saluer la bienvenue d'un Maître illustre et cher, en un pareil concours d'amis plus autorises que moi pour ce glorieux office. Les fclibres toulousains, dont M. Vergne vient d'exprimer les sentiments avec éloquence, et, près d'eux, mes jeunes amis de l'Effort : Emmanuel Delbousquet, Maurice Magre, tous ceux de la langue d'Oc et du bien dire français, peuvent mieux que moi, sinon d'un cœur plus sincère, acclamer le poète
* Allocution prononcée dans Toulouse, le jeudi 27 janvier 1897, au banquet offert par ses amis à M. Armand Silvestre.
SALUT AU POÈTE ARMAND SILVESTRE 2Qf
impeccable, le prosateur classique, le styliste magnifique et traditionnel : Armand Silvestre. Mais quelque défaveur qui me puisse investir pour cette audace, je ne saurais fuir l'occasion sans pareille d'exprimer publiquement mon affectueuse gratitude à celui qui fut l'éducateur de ma pensée adolescente, à l'ainé dont les nobles soins m'ont conféré, jadis, l'investiture poétique.
Peut-être vous souvient-il, Armand Silvestre, d'un soir déjà lointain de Vimitri. au Capitole. Pour la première fois l'honneur me fut imparti d'approcher le grand poète auquel mes rêves juvéniles tressaient des guirlandes et paraient des autels. Si quelque vanité prend ici pour excuse la fuite des années, je me plairai à dire que même en ce temps-là, je n'étais tout à fait un inconnu pour vous. Déférant aux vœux paternels, j'avais cueilli dans le parterre métallurgique d'Isaure quelques-unes de ces corolles rétrospectives auxquelles un académicien élégiaque a bien voulu prêter, naguère, l'éclat de ses palmes vertes et de sa modernité. Vos louanges daignèrent exalter les vers du petit provincial stigmatisé par les Jeux floraux. Je reçus de vous la première confirmation de cette gloire que, selon Villiers de l'Isle-Adam, tout écrivain doit porter empreinte dans son cœur, sous peine d'ignorer à jamais la signification de ce royal vocable. Depuis cette rencontre fortunée, jamais votre bien-
veillance ne cessa de vanter mes humbles efforts. A l'ombre de votre splendeur j'ai goûté quelquefois la chère illusion de me croire poète, car le génie peut, comme le soleil, dorer de magnificence les planètes erratiques et les astres inférieurs.
Si j'ose manifester ainsi le moi haïssable, ce n'est point la curiosité de satisfaire quelque puéril orgueil, mais bien le ressentiment d'une obligation qui ne saurait finir qu'avec mes jours. En aucun lieu du monde, la sincérité de mon hommage ne pourrait éclater comme dans ce Toulouse, votre patrie d'origine et d'adoption, dans ce Toulouse où, comme dit le poète :
Je vous ai tout de suite et librement aime Dans la force et la fleur de ma belle jeunesse.
Agréable cité ! Vous en fîtes, 6 maître, la capitale de vos pensées, conduisant votre Apollon au travers de la cité Palladienne, pour y chanter, en un verbe inspiré, les Divinités immortelle du monde païen : la force, l'harmonie, la sagesse et la beauté. Ces dieux latins que vous évoquez avec tant de magnificence, et dont chacun de vos poèmes éternise le renom, ces dieux vivent toujours pour les races privilégiées auxquelles deux mille ans de bâtardise, de ténèbres, de supplices et d'ignorance n'ont pu ravir le sens des traditions antiques : pour ces races que les barbares