‹ Terre latineChapitre 64 sur 82 · SALUT AU POETE ARMAND SILVESTRE · texte numérisé non relu

SALUT AU POETE ARMAND SILVESTRE

du Nord ou les obscurantins de la Rome papale n'ont pu réduire à ce néant d'hébétude qui, selon Diderot, constitue l'état de grâce et la maîtresse vertu des Christicoles.

Oui, c'est à juste titre, Armand Silvestre, que vous chérissez Toulouse, d'une particulière dilection, vous dont les strophes radieuses s'érigent en plein azur, comme les blanches déités de Phidias ou de Cléomène, vous qui, parmi les déformations et le mauvais goût d'une littérature à son couchant, gardez, sans peur et sans reproches, les belles formes traditionnelles, le canon harmonieux de la métrique française.

'N'êtes-vous pas un roi intellectuel de cette métropole d'Occitanie ? Toulouse, avec son fleuve d'or et ses monuments de pourpre, fut, depuis les jours lointains de la conquête romaine, un site élu pour les batailles intellectuelles, pour les revendications de la pensée. Ni les hordes abjectes des croisés, ni la troupe scélérate des prêtres ultramontains ne purent arracher du sol natal ce laurier toujours superbe dont les rameaux n'ont cessé de verdoyer. En vain les bourreaux sacrés : Innocent III, et ce monstrueux Grégoire IX, et Dominique, son monstrueux ami, firent couler le sang comme l'eau des fontaines. La conscience latine proclama toujours en ce lieu ses droits imprescriptibles. Ici, la race indo-européenne, malgré la nuit médiévale et ce noir crépuscule de

la monarchie absolue, rejeta l'imposture galiléenne, sous l'œil des pontife et des tyrans. Elle vomit sans cesse avec dégoût l'idole juive que des bateleurs sanglants prétendaient imposer à ses adorations.

Cathares, albigeois, huguenots, camisards, devant Montfort le boucher et Villars le pied-plat, protestèrent, au nom du vrai, contre le dogme inepte et meurtrier. Dans sa belle histoire du moyen âge toulousain, Louis Braud retrace d'un vif et sobre contour les premiers siècles de la lutte, le départ de nos ancêtres vers la justice, vers la raison.

Lutte sacrée où le trésor des veines généreuses paya la rançon de l'esprit captif. Sur le territoire du conflit grandiose entre l'Intelligence et les démons de la Nuit, il semble que la pensée ouvre plus largement son aile délivrée.

Oui, vous l'avez compris, vous plus que tout autre, vous, maître bien-aimé du Gai Sçavoir. La terre fécondée par un sang magnanime, la terre des morts pour la Liberté sera sans fin la patrie des poètes.

Comme Athènes, Toulouse a sa déesse éponyme : la Sagesse elle-même. Comme la cité de Pallas, elle porte au front une couronne de violettes, tandis que la cigale, sœur éclatante des muses, sert de parure à ses cheveux. Toujours prête aux actions véhémentes comme aux rêves

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