‹ Terre latineChapitre 65 sur 82 · SALUT AU POÈTE ARMAND SILVESTRE · texte numérisé non relu

SALUT AU POÈTE ARMAND SILVESTRE

d'amour, elle chevauche, elle aussi, l'hippogriffe aux ailes de bronze que, dompteur es pierres vives, notre Antonin Mercié donne pour monture au Génie des Arts ; l'hippogriffe qui, d'un vol audacieux et calme, triomphe sur le Louvre et sur Paris.

A vanter, comme je fais, Toulouse en votre présence, je sais, Armand Silvestre, que je loue à votre gré ces rythmes somptueux où, dans un langage sans pareil, vous affirmez la gloire et la pérennité du sang latin.

A remémorer les luttes ancestrales pour le juste et le vrai, je célèbre en vous l'un des plus noble héritiers de cette noble terre d'Oc. Vous avez chanté — en quel verbe magique! — l'Amour qui décore nos tristesses, l'Orgueil, cette vertu primordiale qui fait l'homme vaillant, les peuples libres et les cités robustes. Votre inspiration jaillit du sol natal, ensemencé par les héros, par les martyrs.

Lorsque le fondateur de Rome eut limité l'enceinte de la ville future, quand il eut enfoui dans

le pcmarium la motte de terre paternelle ravie aux champs albains, son coutre fit jaillir du sol une tête fraîchement décollée et saignant encore. Sur ce chef vivant, le Temple s'éleva, quelque chose de la vie humaine réchauffant les pierres entassées.

De même, vos nobles vers joignent aux savantes harmonies de l'art tous les pleurs, toutes les allégresses de l'humanité que nous sommes. C'est pourquoi, jeunes et vieux, nous saluons tous le poète véridique dont les hymnes consolent et fortifient, le conteur cher à Virgile comme à Rabelais, le porte-lyre qui montre la route à ses frères en marche vers l'Icarie future, vers le Capitole idéal de la justice, de l'amour, de la raison et de la liberté.

Convalescence

N rayon compatissant d'automne maiim gnifie de sa lueur élégiaque les arbres £>^f^£ jaunes du parc, les corbeilles d'héliotrope et de sauge écarlate. Aux plus hautes ramures, de longs brouillards en écharpe traînent et se déroulent comme un lambeau de gaze bleue. La pénétrante odeur de feuilles mortes, l'acre senteur du buis se mêlent aux véhéments parfums des anthémis. Les tilleuls d'or pâle font pleuvoir sur l'eau mate leurs dépouilles volages, tandis que, sous le couvert des allées, merles et rouges-gorges entonnent la chanson d'hiver. Aimable saison de lumière atténuée, où les heures brèves de soleil offrent au convalescent la coupe bienfaisante de leur molle tiédeur.

A peine reconquis par la douceur de vivre, il fait bon s'asseoir au pied des mortes charmilles en rêvant aux matins joyeux des futurs printemps.

Nui site plus à souhait pour oublier et pour renaître. Toulouse, qui se peut, comme Athènes, glorifier d'être la cité de Pallas, Toulouse qu'Aristophane eût aussi nommée la « ville ceinte de violettes » avec la grâce indécise de son changeant climat, tempère les souffles cruels des Pyrénées par je ne sais qu'elle fondante haleine de Provence et de Bas-Languedoc.

A l'endroit même où, depuis tant de jours, en un espoir de renouveau, j'endurai les affres d'une volontaire agonie, l'antique apanage du comte Raymond découvre sa beauté.

Le Pont-Neuf, un pont de pierre dont l'assise, réfractaire aux crues de la Garonne capricieuse, porte superbement sa jeunesse de trois cents années, le Pont-Neuf domine tout le fleuve avec ses quais, ses berges, ses maisons de briques rutilantes, ses îlots pleins d'arbres et de fraîcheurs. En aval du faubourg Saint-Cyprien, le Ramier (comme on appelle ici, depuis Goudouli, chaque site planté d'arbres), le Ramier du Château égayé l'onde torrentueuse de guinguettes bocagères et de réduits pour le plaisir des cœurs. Au bord, la Prairie des Filtres où, par les soirs de juin, des chœurs d'hommes et de femmes aux timbres généreux déchaînent, en plein air, quelque odelette

Page 1