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TOULOUSAINES

Le veilleur clame à pleine voix l'heure défaillante. Voici les mœurs espagnoles : même le sereno pour accuser la fuite du temps et des minutes amoureuses, oc Les belles de nuit », en robes claires, égratignent des sorbets à la porte des lieux suspects. L'œil avivé de fard et les cils charbonnés, elles sourient, de leurs lèvres peintes, à l'amant inconnu.

Leurs prunelles de braise flambent, et flambe aussi leur rire clair. De grands arbres odorants laissent choir une onde parfumée; au loin des musiques s'éteignent : un chant de violon qui pleure dans l'obscur. Les couples se joignent, puis, lentement, disparaissent, tandis que le veilleur reprend avec tranquillité la litanie des heures :

II est minuit, minuit passé; Gens qui veille^, prie\ pour les trépassés !

Toulouse, le 12 juillet 1S96.

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Larmes des Choses

orsque quatre années, — les dernières, — ces fugaces années du poète latin, qui, nonobstant la piété des hommes et la fureur de leurs désirs, tombent si vite dans le néant; lorsque quatre prochaines années auront précipité le dix-neuvième siècle à travers la nuit des âges révolus, une heure sonnera au cadran de la vie où nos fils, connaissant qu'on ne doit plus aux morts que vérité, jugeront avec dégoût, enthousiasme ou colère ce temps indécis et poltron qui fut le nôtre.

Quel que soit l'arrêt porté sur nous par les « jeunes hommes des temps qui ne sont pas encore », ces a bataillons sacrés », que le petit père Banville jadis apostropha, signaleront pre-

LARMES DES CHOSES flf

mièrement, comme la plus irréductible vilenie de la France démocratique, l'impuissance architecturale où nous vivons.

Non seulement l'homme moderne — badaud incorrigible — n'a su bâtir d'original rie» autre chose que halles, casernes, grands hôtels et prisons à locataires, — médiocrement appropriés à leurs hideux usages; mais, sottise, paresse ou vandalisme, il n'a pas eu l'adresse de perpétuer les nobles édifices légués par ses aïeux.

Les maçons d'aujourd'hui, incomparables dans la pose des ascenseurs et l'aménagement du privé, semblent mus d'une rage mystérieuse contre les habitacles où s'affirment quelques vestiges de beauté.

Ce distique fouriériste:

Et le monde rase, sans barbe ni cheveux, Comme un grand potiron tournera dans les cieux,

semble un Credo inviolé pour ces gâcheurs de plâtre.

De là, sans nul souci du climat, tant de boulevards Haussmann à travers la France, tant de Halles centrales et de maisons à sept étages. Un certain idéal, affreux jusqu'au miracle, d'industrialisme et de poncifs classiques, inscrivant le fronton de la Maison carrée sous le toit d'un marché aux grains, sinon la colonade païenne d'un édicule romain devant une chapelle de rococo jésuite:

voilà. semble-t-il,la présente formule d'un artqui,si longtemps, brilla parmi nous d'un éclat sans pareil.

En un tableau pris sur le vif, l'auteur de VzAtelier Chantorel nous montre le pourquoi de ces abominations.

Un jeune architecte, débordant de passion artistique et de neuves idées, tente d'élever une bâtisse appropriée au sol comme aux besoins de la race; mais bientôt, rebuté par son maître, un « pion du beau », bafoué par ses confrères, ineptes bacheliers es plâtras, le malheureux se crève de tristesse et de dégoût.

Hélas ! ces horreurs n'appartiennent pas au seul roman et Frantz Jourdain, en ce cruel et délicat récit, conte une histoire que la réalité, chaque jour, tire à des milliers d'exemplaires.

Un exemple, et non des moindres, confirmera ceci : en 1 889, c'est-à-dire il y a sept ans à peine, car

... la forme d'une ville Change phs vite, hélas! que le cœur d'un mortel,

l'hôtel Lavalette se pavanait entre le quai des Célestins et cette rue de la « Pute-y-Musse », aujourd'hui « Petit-Musc », qui, selon un mot célèbre, fait de son mieux pour changer en bonne odeur son antique et fâcheux renom.

Le logis seigneurial où triomphait le plaisant mauvais goût de la Renaissance italienne à son déclin, faisant déjà pressentir les nuages, les pots-

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