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LARMES DES CHOSES

Cette rage de vandalisme est ici plus sensible que dans tout autre Heu. Toulouse, métropole du Midi, cité patricienne entre toutes et qui se vante d'avoir précédé Rome, lorsque ses habitants portaient encore la saie dont ils prirent le nom, Toulouse n'a pas un moellon, pas un débris d'architecture que les âges n'aient estampé de souvenirs glorieux ou sanguinaires.

De la Dalbade, ce temple virginal consacré à Diane, puis à Marie, et qui tira son nom des blanches déesses, aussi bien que des pâles arbrisseaux, trembles, saules, aubiers, sous lesquels saint Martial baptisa Ranahilde; de la Dalbade au Capitole où triomphèrent alternativement Raymond VI etMontfort, tout ici parle d'actions héroïques et violentes.

Les verdets qui, pendant la Terreur blanche, traînèrent par les « compites » le général Ramel, ne différaient guère des féroces Tectosages faisant écarteler Saturnin par un taureau camarguais, non plus que des furieux ligueurs par qui fut dépecé le président Duranti. Race véhémente, prête à l'enthousiasme, à l'héroïsme, à la fureur, et qui sort, comme le lion, de son nonchaloir héréditaire pour frapper l'ennemi d'une griffe souveraine.

Aussi « la mort des pierres vives » semblet-elle ici plus lamentable, plus sacrilège qu'en tout autre pays.

Un article fort remarquable de YoAn méridional prédisait, naguère, aux archéologues toulousains une abomination nouvelle, que complotent, sub rosà, édiles et maçons. La cathédrale Saint- Etienne, monument sans pareil qui, du cinquième au seizième siècle, a vu quatorze conciles, soutenu des sièges, entendu proclamer des Saints ; la cathédrale Saint-Êtienne, grandiose en même temps qu'inachevée, avec ses deux nefs, hors l'axe du péristyle, est menacée de reconstructions partielles, de redressages et d'enjolivements. Cocasserie d'une époque béotienne! Voici queles ce bons élèves » de l'architecture songent à ceinturer la basilique vénérable d'un corset orthopédique ! N'est-ce pas à mourir de rire, par crainte d'en pleurer, comme dit Figaro?

Par bonheur, ces Topinambous ne peuvent rien sur le soleil. Il flamboie éperdument, ce jourd'hui, le soleil de juillet, épanouissant roses et tubéreuses, dorant d'un reflet d'ambre et de topaze la peau des belles filles qui, sous les magnolias fleuris, vont danser aux baloches des Amidonniers, âuxfénetras de Lacourtensour.

Toulouse, le $ juillet 1896.

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Un Bohème de Province

ette Toulouse de jadis, où les Trouvères cueillaient, aux belles mains des brunes patriciennes, le rameau fleuri, souvenir de Pétrarque et du divin Sannazar; Toulouse que les architectes badigeonnent de fraise écrasée depuis qu'un académicien la qualifia de « ville rose », nonobstant la rougeur profonde et la pourpre recuite de ses briques: Toulouse garde encore, devant l'américanisme contemporain, un nonchaloir plein de sarrasine morbidesse, — telle une sarimpi aux confins de l'Occident. Ici, la paresse, le farniente semblent le « propre de l'homme », comme à Naples ou à Séville. Un air si doux flotte par les rues! En aucun lieu du monde le plaisir de vivre sans cure ou sans effort, la douceur de humer des boissons

fraîches à la porte des cafés, ne sont plus enivrants. Les tilleuls épanouis,

. . . Chargés jusqu'à leur faîte obscur, Font monter, dans l'essor des branches étalées, Des arômes de fleurs à des hauteurs d'azur !

Les violettes sentent bon; les roses pourpres s'ouvrent comme, vers le baiser, la lèvre juvénile des fauves Toulousaines. Les orangersr seuls, manquent à ce pays de Mignon que peuplent aussi des marbres antiques et de glorieux souvenirs.

Les cailloux cassés par Tanthropopithèque Cartailhac, cette vieille baderne qui insulte les poètes dans les journaux peu lus et se parjure ensuite, comme un laquais, afin de n'aller point sur le pré ; les anachronismes du père Lahondès, les solécismes lamartiniens que fleurit Isaure cacochyme sont loin de représenter la vie intellectuelle d'une si riche cité. Pour ses fils, amoureux de belles formes et de nobles pensers, le labeur d'art est une volupté plus haute qu'ils goûtent sans efforts et dont ils se pénètrent dès le berceau, dans la bénédiction d'un généreux soleil, d'une lumière sans seconde.

Aussi, quel peuple d'artistes, peintres, statuaires, musiciens, trouvères, dans cette Athènes du Languedoc! Nulle race plus inflammable, nulle plus sensible à l'idéal. Que ce soit la musique des poètes, les accents de la voix humaine ou bien la

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