LE DERN 1ER ALBIGEOIS
turément pour les lettres françaises comme pour le dialecte « ramoundi ».
Un maigre, long etcorrect garçon sous d'étroits vêtements noirs rappelant de quelque manière la trousse et le pourpoint d'Hamlet. Sur un col démesuré, la tête ovale et brune du Sarrasin avec, pour auréole, un immuable feutre mol de prima espada. Le nez busqué donnant à l'ensemble du visage ce profil de bélier qu'Henri Heine constatait chez George Sand : une moustache de matou colérique sur des lèvres dont la quarantième année laissait intact le vif carmin et, pour éclairer le tour, de larges yeux méridionaux, sombres et veloutés, de beaux yeux de femme à longs cils, qu'illuminait par instant l'amour du juste ou la haine des pieds-plats : tel m'apparut, il y a dix ans, le poète Auguste Fourès. Sa voixun peu sourde et comme paresseuse égrenait lentement des paradoxes outrés.
Car ce long garçon timide qui n'osait aborder, sans rougir, une femme dans la rue, ce craintif mort de solitude, reprenait toute son audace en abordant le domaine des idées. L'amour de la terre ancestrale, la haine de l'autorité sous toutes
ses formes : religion, militarisme, paternité, faisait vibrer en lui d'inextinguibles emportements. A cette flamme, la verve du ce troubaire » allumait ses ardeurs, éclairant d'une aurore juvénile et sans fin les ardents poèmes de la S ego, des Grilhs et les Cants del Soulelh.
Le félibrige institué en Provence par des maîtres : Aubanel, Mistral, Félix Gras, fut longtemps méconnu dans Toulouse, berceau pourtant de Goudouii.
Malgré son nom et ses origines, l'Académie des Jeux-Floraux ne resta point étrangère à cette méconnaissance de la langue d'oc. Formée de hobereaux petitement lettrés et de chanoines capitalistes, cette capucinière pompadour maintient jalousement le culte du vers facile, prisé dans les boudoirs comme dans les sacristies. L'exécration du pauvre, la crainte des talents originaux rendent odieux à ces bourgeois le langage populaire. De plus, leurs bouquets à Chloris et leurs sourires édentés perdraient beaucoup à tenter le mâle et robuste langage des aïeux. Pendant trop d'années, oubliant son antique gloire, Toulouse se crut représentée parla congrégation des Jeux