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LE DERNIER ALBIGEOIS

floraux, couronnant d'un tas de brimborions grotesques les essais de bureaucrates en mal de poésie. Foùrès, que dégoûtait la niaiserie prétentieuse des cuistres mondains, fit presque, à lui seul, ce que les antiques floriculteurs d'isaure avaient traîtreusement négligé. Certes, il y a plus de poésie vraie dans les atelianes plébéiennes du Garrêlou, dans n'importe quelle chanson des rues, que dans la collection intégrale des Jeux floraux. Mais il appartenait au félibre majorai du Lauraguais de promouvoir à la gloire d'une forme artiste cette langue « moundine », désuète et oubliée depuis les horreurs du treizième siècle et l'asservissement du Languedoc.

Ce fut un trait caractéristique, l'idiosyncrasie même de Fourès, que sa rancune vivace contre les scélérats qui, pendant trois siècles, noyèrent dans le sang et dans l'obscurantisme l'admirable civilisation occitanienne qui avait devancé l'Italie même, en route vers la Renaissance et la liberté.

Les bouchers fanatiques dont l'Église fit des saints et qui méritèrent vraiment la canonisation par des horreurs sans égales, par un cannibalisme inconnu jusqu'alors : Dominique, Pierre de Cas-

telnau, à force de meurtres, de brigandage et de bûchers, parvinrent, après trois cents ans, à éteindre le flambeau, à noyer la pensée humaine, insurgée contre leurs dogmes abjects et leur infâme rapacité. Le stupide Louis IX, qui cédait l'Angoumois aux Anglais pour se faire battre et mener à mal sa Croisade, ce roi monstrueux qui perçait les langues d'un fer rouge, vola, pour son odieux frère, le domaine des comtes de Toulouse. La fiscalité capétienne ne cessa plus de tondre le riche bétail, mordu jusqu'au sang par la louve papale et par l'Inquisition.

Tant de crimes oubliés dans les reculs du passé : le bûcher de Montségur, le viol des consciences, la destruction des cathares et des albigeois, Fourès les sentait vivre encore, brûlant d'indignation et de pitié. Pour sa haine fraîche et saignante, les pieux assassins n'avaient pas fini leur œuvre exécrable. Sur les ruines de la Toulouse d'autrefois, il lamentait les beaux jours de Guilhem de Figueras et de Peire Vidal. En des sirventes passionnées, sa muse remembrait les défaites, vouant aux exécrations pareilles ces deux vampires jumeaux : le prêtre avec le roi.

Et ce n'était pas la moindre originalité de ce garçon paisible que de l'ouïr flageller ces hontes séculaires. Tels admirables poèmes : oA une épée du treizième siècle, qâ la nourrice de mon père viennent directement de son courroux envers les Guil-

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