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LE DERNIER ALBIGEOIS

hem Arnaud et les Almaric. L'ode qâ las mouliès

que declusqueroun zMountfort est toute pantelante encore d'animadversion rétrospective. La fureur atteint les sommets du lyrisme et je ne sais, dans aucun langage, plus héroïques accents. Il faudrait citer d'un bout à l'autre ; mais, parmi ce chant de guerre, voici une fleur sans prix, témoignant que la beauté des choses sourit au vrai poète, même à travers ses plus noires inspirations :

Se îei'o Valbo roso et blouso.

Coitmo s'ero sa sor, Toulouse»

S'esplanàis, le lugra su V frount.

Se lève l'aube rose et bleue. — Comme si elle était sa sœur, Toulouse — Surgit, au front l'étoile du matin.

L'âme de justicier que Fourès portait sur l'histoire de sa race ne l'abandonnait pas en présence de la misère et de l'iniquité modernes. Plébéien, il magnifia les durs travaux du prolétaire, le labeur nourricier, hélas! des inutiles et des imposteurs. Les batteurs de fer, les tailleurs des pierre, les potiers du Lauraguais, tous les rudes tâcherons du terroir ancestral ont pris place dans ces Chants du soleil criblés de lumière blonde, verdoyants

de feuillages er couronnés de fleurs. La misère des opprimés s'exalte en révoltes magnifiques : tel ce Gâteau du peuple, où l'artiste, pour être mieux compris, a choisi le verbe littéraire. Les trimardeurs, les va-nu-pieds, les proscrits et les outlaws, réunis pourun sombre « jourdes Rois », donnent la fève — une balle — au rejeton de misère, leur tragique héritier :

Rivés à la peine sans trêve,

Pour nous autres qui faisons grève

Contre les maîtres sans merci,

On a toujours prête une halle.

Et la question sociale

D'un seul coup se résout ainsi.

Sus à la misère insurgée!

Paix là!... Cette rude dragée,

Garde-la, fillot de taupin !

Ah ! nous ne voulons pas qu'elle aille

Dans leur gâteau; nous, la canaille

Oui vit d'abominable pain,

Nous ne voulons pas qu'elle troue Leur cœur maudit pétri de boue,

— Tas de sinistres mitrailleurs!

Mais que pour nous, gens de la tache,

— Sceau noir, l'Egalité l'attache Aux grands cahiers des travailleurs...

Qu'il ne soit plus de subalternes !

Debout ! Abolissons casernes,

Geôles, couvents et lupanars!

Liberté! Haut les cœurs! Les têtes

Haut ! Plus d'humains qui soient des bêtes !

Debout ! Plus de martyrs hagards !

LE DERNIER ALBIGEOIS ^ 3 f

La corde d'airain rendue à cet excès ne résonne pas sans trêve dans les cantiques de Fourès. Théocrite y fraternise avec Tyrtée. Le vocérateur s'arrête pour écouter les grillons et les alouettes matinales, et les nocturnes rossignols. Un soupçon de pantagruélisme l'incite à glorifier le pichet de vin clair, et le cassoulet fumeux, et les herbes odorantes au saladier de « laBelou ».

Comme Horace couché sous les pins de la Sabine, comme Li-Taï-Pé buvant auprès du Fleuve- Bleu, il goûtait les soirs nonchalants d'automne où fleurit le chrysanthème avec la rose au bref parfum; quand le soleilmourantteintede pourpre oblique le vin joyeux, emmi les tasses peintes, caresse d'un rayon suprême l'amour des Sages à leur déclin.

Les sonnets : Lilas. oA une Tiens sillonnais e se peuvent égaler aux plus pures trouvailles de Remy Belleau ou de Joachim. Mais il est presque banal aujourd'hui de vanter Fourès en tant que poète. A défaut de monument, la Gloire déjà couronne son tombeau. Il nous a semblé curieux de montrer, dans ce grand artiste, le Languedocien amoureuxde la glèbe patriale, évoquant, pour l'indigna-

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tion ou la pitié, l'héritage d'un passé magnifique et disparu.

Le collaborateur du Grilh, l'ami de Done Dulciorelia, collecteur de berceuses et de rondes enfantines, le capoulié de la Maintenance toulousaine fut avant tout chevalier de la justice et de la raison, et ce n'est pas sans cause que les libres esprits se peuvent honorer de magnifier en lui le dernier cAlbigeois.

Vlr,

Le Panneau de Casimir Destrem

a stet Capitoïium fulgcns!

Horat. carm. III Lib. ni.

h e n'avais point revu la Salle des Illustres depuis ce jour lointain où, fleuri de ma seizième année, j'offris son pervigilium Veneris aux caduques faveurs de Clémence Isaure. Le sens du ridicule me tenait déjà, que la bouffonnerie de cette pompe ne laissa pas de conjouir extraordinairement. Du coup, je fus exempt de toute vaine gloire, et ma jeunesse désapprit les vénérations intempestives. Les poèmes couronnes ensemble avec les miens, ouvrages de MM. Hippolyte Matabon, Cyrille Fiston, colonel Perrossier et autres bardes à pieds palmés, suffisaient pour me rappeler à la condition humaine,

pour me faire souvenir de ne m'élever point au delà de son infirmité. La laideur du site frappa d'abord mes yeux où se coudoyaient la province endimanchée et les antiques mainteneurs. Une salle en boyau, des murs aranéeux, des vitres louches, une odeur de poussière et de sénilité; puis, sur l'estrade verte, quelques messieurs très cacochymes, les uns en jupons, ecclésisastiques, les autres en frac, appartenant au monde, tous exempts d'éloquence, voire d'urbanité : ce fut ainsi que, pour la première fois, je montai au Capitoie.

Depuis, l'Académie des Jeux Floraux a modernisé son décor, rajeuni son esthétique. Elle admet, jusqu'à un certain point, Lamartine. Elle pressent Banville et demeure hôtel d'Assézat. Suivant une parole d'or de son secrétaire, combien perpétuel, M. Fernand de Rességuier, « elle monte dans le train de la science encore qu'elle refuse d'enfourcher la bicyclette de l'incrédulité ».

Les fenêcres, si longtemps closes sur les catharres des vieux mainteneurs, sont grand'ouvertes à présent. Le soleil d'été, le blond, le clair soleil dissipe l'odeur moisie de leurs « travaux ». Le Capitoie, rajeuni, consacre à l'art moderne son plus bel appartement.

La salle des Illustres mérite deux fois son nom, aussi bien pour les morts glorieux dont elle éternise la mémoire, que pour les artistes vivants :

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