LE PANNEAU DE CASIMIR DESTREM 34I
la technique picturale. Comme il entend son métier à la façon des artistes d'autrefois, comme il est poète en même temps qu'ouvrier consommé, ses toiles s'adaptent dans la dernière perfection aux milieux les plus divers.
Décoration ou tableaux de chevalet, ne craignez avec lui nulle déconvenue. Un si parfait artisan ne cause jamais d'autre surprise que de croître chaque jour. La Nature qu'il interprète, loin de la copier bassement, revêt, en chacun de ses ouvrages, une splendeur inattendue.
A Pinsaguel, dans l'atelier où le maître fuit les contacts ineptes de la foule, une transparente lumière, le bercement des pins mélancoliques, tout un paysage de gloire et de placidité unit à son labeur la durable magnificence des choses, la pompe renaissante des saisons et des jours.
C'est pourquoi, malgré la clarté défectueuse, malgré l'effet criard d'une dorure trop neuve, sinon trop riche, le panneau de Casimir Destrem apparaît, dans la salle des Illustres, comme une évocation immédiate, comme un vitrail béant sur les fêtes éternelles de la jeunesse et de l'avril.
Sous un ciel d'aurore où se dégrade en pierres précieuses, turquoises, lapis, améthystes, éme-
raudes, la lueur divine du matin, c'est un clair paysage de Gascogne ou de Languedoc.
Une aube affaiblie Verse dans les champs La mélancolie
Des soleils couchants.
Sous de molles vapeurs, la Cité palladienne, Toulouse avec ses toits, ses clochers et ses maisons de briques, Toulouse resplendit au loin. Des formes confuses d'édifices, un horizon de brumes violettes ; aux premiers pians, la terre verdoyante, la courbe délicate, le bleu profond des eaux.
Deux voyageuses contemplent cet enchantement. Leurs nobles attitudes, la grâce juvénile des membres, la beauté devinée des profils perdus, l'ordonnance majestueuse et sobre des costumes, tout indique en elles une origine supérieure — l'aristocratie incommutable des poètes et des dieux. La plus jeune porte en sa main droite une gerbe de fleurs, clématites ou roses, tandis que d'un geste prophétique sa compagne, debout, sur l'horizon, lui fait voir, à ses pieds, l'acropole endormie. Sans doute, elle profère aussi quelqueparole sacrée, les mots de Béatrix au seuil du Purgatoire, le discours de Héra dans l'assemblée des Immortels : « Resplendisse le Capitole! » Et puisque Rome déchue a remplacé le culte des vrais dieux, ceux de la force, de l'amour et des