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LE PANNEAU DE CASIMIR DESTREM

libres Cités, par l'idole galiléenne, que du moins sa fille d'Occitanie garde à jamais leur culte vivifiant! •

11 n'est au monde plus sotte entreprise qu'essayer de rendre par des vocables le dessin ou la couleur. Ce fut là une bévue capitale de Théo phile Gautier et des écrivains qui lui empruntèrent ses moules. Imaginer que la parole écrite supplée à tous les instruments semble une fantaisie digne de Pécuchet. Essayez donc de représenter avec des mots le regard de Monna Lisa ou V adagio de la Neuvième Symphonie!

J'éviterai cette faute et ne chercherai point à décrire la composition tant noble et suggestive de Destrem. Un art incomparable est là. Comme Puvis de Chavanne, comme Gustave Moreau, Casimir Destrem sait ranimer la splendeur triste des âges révolus. C'est un lyrique, pareil à ces deux maîtres éducateurs de nos adolescences. Rien n'abaisse la pure hauteur de ses compositions,

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nulle flatterie au goût ignoble du public, nul effort pour amoindrir sa pensée jusqu'à la compréhension du vulgaire. Car Destrem est de cette noble famille d'esprits qui contemplent et dédaignent, sans prendre souci des contingences imbéciles. Qu'importe le succès immédiat à qui trouve en soimême un principe de gloire? Qu'importent les acclamations de la populace à l'immortalité?

Pour nous, qui, du moins, savons respecter les grandes choses, ayant accoutumé de promener un mépris sans second sur les âneries quotidiennes, ce nous est une joie orgueilleuse d'applaudir, l'un des premiers, à Toulouse, le peintre Casimir Destrem. Si, comme l'a dit Schopenhaiier, l'Art console du mal et du désir de vivre, nul n'est plus digne que celui-là de nous verser l'oubli des tristesses, le mirage bienfaisant, la vision réparatrice du Beau.

Toulouse, 12 janvier jSyS.

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Les Oies du Capitole

t i mademoiselle Juliette 'Prévost,

a fraîche allégresse d'un matin d'été.

Dans l'air neuf où virevolte et joue, ~£*j{ avec maints cris aigus, le tourbillon des hirondelles, quelques nuages d'ambre ou de rose s'éparpillent, au levant, comme une gaze déchirée, Et c'est, en haut, le bleu limpide, le riche éther méridional. Des clochers versent allègrement leurs carillons d'aurore. La lumière flambe sur les toits des campaniles, sur la brique rousse des maisons, ce L'azur triomphe», ainsi que dit le royal poète Mallarmé.

Et du métal vivant sort en bleus angélus !

Encore que plus d'une « édilité » ostrogothe se soit employée, depuis vingt ans, à détériorer

chaque vestige du passé, Toulouse garde son aspect ancien, sa noble allure d'autrefois. La cité palladienne, métropole de l'Occitanie, fait voir, çà et là, des coins d'ombre, des rues tortueuses, des places que l'équerre n'a point déshonorées. Venelles aux noms baroques et pittoresques : le passage des Trois-Renards, la Patte d'Oie Malcousinat, font paraître encore le même air qu'ils avaient, sans doute, quand le beau Pierre d'Aragon vint défendre Muret contre les hordes chrétiennes. On trouverait peut-être, scellé à quelque mur antique, l'anneau où, pour baiser la plus bello done, ce prince au cœur aimant attacha son coursier.

La rue du Taur ne semble pas beaucoup plus haussmannisée qu'aux jours de saint Sernin, lorsqu'un bouvillon féroce — le Taur — brisa sur ses pavés les os du Bienheureux, traîné par les carrefours, comme jadis le Priamide sous les murs d'Ilios.

La foire aux fleurs — banale maintenant — parmi les boulevards nouveaux, se tenait, avant la guerre, dans cette noire et laide rue du Taur, éveillant soudain la bonne humeur toulousaine, au milieu d'un quartier désert. Sur les trottoirs, dans les ruisseaux, les plantes aux riches couleurs s'entassaient, et les verdures, tandis que des paons, ficelés dans d'étroites corbeilles, piaillaient abominablement, sans que leurs voix, cependant,

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