LES OIES DU CAPITULE
parvinssent à étouffer les clameurs du parler indigène. La coiffe blanche de l'Ariège, le madras des filles deBigorre encadraient plus d'un ardent et frais visage; d'un bout à l'autre de la fête pétillait cette « vitalité endiablée du Midi français », l'ivresse permanente d'une race artiste et passionnée. La Foire aux fleurs se mêlait quelque peu au mois de Marie, suivant la formule du catholicisme païen en honneur dans Toulouse espagnole, Toulouse qui n'est pas pour rien — ainsi disait Hugo — proche de Tolosa.
Cependantles vestiges d'autres siècles tendent, comme partout ailleurs, à disparaître ici. Monuments, coutumes, se francisent chaque jour, et perdent en couleur ce qu'ils acquièrent en modernité, sous l'invasion écœurante de l'imbécile progrès.
Un legs du bon vieux temps à quoi la population toulousaine reste fidèle, c'est la vieillotte et cocasse institution des Jeux floraux. L'espoir d'être palmé au Capitole et de cueillir, pour salaire de vers plutôt mauvais, quelque bouquet en métal de casserole, exerce un attrait irrésistible sur les imaginations du Sud-Ouest. Nul ne saurait
expliquer cette bizarre concupiscence, n'était que l'on voit communément des personnes d'âge quémander les rubans académiques, sinon l'ordre champêtre du Poireau.
Ce que fut Clémence Isaure, patronne des Jeux floraux, nul ne pourrait l'affirmer aujourd'hui. Sans doute une vieille dame esthétique, férue de petits jeunes crétins à cheveux bleus qu'elle faisait dîner pour entendre leurs canzones et leur montrer le loup. Avait-elle fomenté — déjà — l'alliance russe ? Lui voyait-on un râtelier en dents de chien marin, ainsi qu'à Mlle de Gournay, ou bien en porcelaine, comme à Krysinska? Ces interrogations —combien palpitantes! — aboutissent au doute et à l'obscurité.
Pas plus que Guillaume Tell, que Pharamond, que Jeanne Hachette ou que la belle Paule, Clémence Isaure, la reine d'amour, n'a sans doute existé.
De nos jours, sa « monnaie » se compose de messieurs vieillots : militaires porteurs de vague à Pâme, archéologues incompris, mondains ignares et curés à citations. Tout ce monde-là,