VILLE D HIVER II
d'affaires, partant cher au tiers état. Il mérita, par ses amours d'écolier, le surnom de Diable-à- Quatre, passeport anacréontique vers la postérité.
Plus que les batailles d'Arqués ou d'Ivry, le désir qu'avaient les marchands de Paris d'en finir avec les turbulences ruineuses de la Ligue, l'amour des boutiquiers pour leur coffre-fort servirent Henri de Bourbon dans la conquête de Paris. Représentant des intérêts matériels, parmi les romanesques entreprises des Guise et de l'Espagne, il rallia la classe moyenne, déjà fort opulente et que l'affermissement de la couronne avait, depuis Louis XI, mise sur un pied d'indépendance et d'hostilité envers les seigneurs. L'on trouve déjà dans la zMénippée l'esprit frondeur avec le goût du médiocre, la raillerie voltairienne et les arguments financiers de Paul-Louis, préparant, sous la Restauration, l'avènement du duc d'Orléans. Les politesses de Louis-Philippe à la banque juive eurent pour précédent les banquets d'Henri IV avec Bellegarde, chez l'argentier Zamet.
Toujours le Béarnais resta, dit Michelet, un
paysan gascon, avare, pillard, et peu soucieux de sa parole. Malgré tout son esprit, l'homme ne sut jamais revêtir la prestance royale. L'aspect chétif de sa personne, la mine désavantageuse que trahit, malgré l'opulence des velours et la sobre richesse du décor, l'admirable portrait par François Porbus, étonnaient les derniers courtisans des Valois. Mme de Simier, qui avait accoutumé de frayer avec cet élégant Henri III dont la peinture de Clouet et le buste de Jean Goujon ont fixé pour jamais la morbide aristocratie, Mme de Simier dit, quand elle vit Henri I V : « J'ai vu le roi, mais je n'ai pas vu Sa Majesté. » En effet, l'avènement des Bourbons marque la fin des rois chevaleresques : le plus illustre de cette pesante race, Louis XI V, ne sera guère, selon un mot célèbre des Goncourt, que « le Prudhomme héroïque de la royauté ».
Comme le vieux monarque du Plessis-lès-Tours, Henri, avec lequel il montra plus d'une ressemblance, goûtait les propos grivois, les contes salés, les reparties gauloises des paysans et des gens de métier. Communément il popinait avec des vilains, ses « compères ». L'on pourrait instituer un recueil de libres facéties échangées entre manants et rois de France.