‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 163 sur 234 · Ad Scapulam, iv · texte numérisé non relu

Ad Scapulam, iv

DANS SA r^UTTE AVEC I.E PAOV.MSME. ^IH

«Qu'importe? s'écrie Tertullien: 'plus la lutte s'accroît. plus la récompense grandit avec elle. Votre cruauté fait notre gloire. Prenez garde que nous ne courrions tous au devant de vos exécutions, uniquement pour vous convaincre qu'au lieu de les redouter nous les appelons de nos vœux. Pendant qu'Arrius Antoninus se déchaînait contre nous en Asie, tous les chrétiens de la ville se levant en masse, se présentèrent à son tribunal. Il se contenta d'en faire emprisonner quelquesuns: « malheureux, dit-il aux autres, si vous vouler mourir, n'avez-vous pas assez de cordes et de précipices? » S'il nous plaisait de vous donner ici une répétition de cette scène, que feriez-vous de tant de milliers d'hommes et de femmes, de tout âge. de toute condition, qui viendraient offrir leurs bras à vos chaînes ? Combien de bûchers, combien de glaives il vous faudrait ! Quelles seraient les angoisses de Carthage, si tu t'apprêtais à la décimer, et qiie chacun vînt à reconnaître parmi les victimes des parents, des habitants de la même maison, peut-être des hommes, des femmes de tout rang, des personnages de la plus haute distinction, les proches ou les amis de tes amis ? Donc, épargne-toi, si tu ne veux pas nous épargner : épargne Carthage, si tu ne veux pas t'épargner toi-même, épargne une province que la seule prévision de tes desseins a déjà livrée aux déprédations d'une soldatesque avide et à l'emportement des vengeances particulières. Xous n'avons de maître ici-bas que Dieu seul. Ce maître est devant toi et il ne peut être caché: tu ne peux rien contre lui. D'ailleurs, ceux que tu regardes comme tes maîtres ne sont que des hommes, condamnés à mourir aujourd'hui ou demain. Mais notre religion à nous est indestructible. Sache-le bien! En paraissant la détruire, tu ne fais que l'édifier davantage.

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Pas un lioriimc (|iii, à l'aspect de cette prodigieuse patience, se sentant pressé comme par un aiguillon d'examiner ce qui est en cause, n'embrasse la vérité aussitôt qu'il la connaît \ »

Une société qui parlait avec une telle confiance pouvait défier sans crainte la haine de ses persécuteurs : ses rapides progrès prouvaient à tout esprit sérieux que le paganisme était impuissant contre elle. A partir du troisième siècle, l'apologétique chrétienne s'adressera moins aux dépositaires du pouvoir qu'à la masse des païens dont elle s'efforce de Jiâter la conversion. Après la lettre de Tertullien à Scapula, celle de saint Gyprien à Démétrien sera la dernière requête adressée à un magistatde l'empire. Ce n'est pas que l'oppression touche à son terme : au contraire, les persécutions du deuxième siècle ne sauraient être comparées pour la violence et la durée à celle du troisième; mais les massacres généraux ordonnés par Dèce et par Dioclétien sont moins des exécutions juridiques que de véritables guerres d'extermination, au milieu desquelles toute apologie eût été inutile. C'est le despotisme militaire soulevant une moitié de l'empire contre l'autre, et abusant de la patience d'hommes qui ne se défendent que par les armes de la foi et de la prière. Toutefois, Messieurs, malgré les rudes épreuves qui l'attendaient, le christianisme était sûr de sa victoire à l'époque de Tertullien, et l'impuissance de l'État païen devenait visible pour tout esprit clairvoyant. Sans nul doute, les efforts de l'éloquence sacrée n'avaient pas peu contribué à ce résultat; mais il y avait quelque chose de plus efficace que les luttes de la parole, c'est

i. Ad Scapulam,S\ .

rhéroïsme des actes. Pour saisir au vif ce grand drame qui se déroulait aux yeux du monde, il faut passer des écrits où la doctrine s'affirmait avec tant d'éclat à ceux qui nous montrent par les faits comment on savait la pratiquer. C'est ainsi que V Apologétique de TertuUien nous a semblé un éloquent commentaire des Actes des martyrs Scillitains exécutés vers le temps même où parut celte pièce fameuse. Une autre relation de ce genre, qui appartient également à TEglise d'Afrique, va nous montrer Pexpression vivante et réelle de cet enthousiasme avec lequel le prêtre de Garthage célébrait le martyre dans le Scorpiaque et dans la leltre à Scapula : je veux parler des Actes de Sainte Perpétue et de sainte Félicité, que je n'hésite pas à ranger parmi les plus beaux monuments de la littérature chrétienne.

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