Acta Perpetuœ, édit. Migne, Patrolog., t. 111. p
UNE SCÈNE DE MAUiVUE EN AFRIQUE. 321
OÙ il s'agissait précisément de combattre les nouvelles prophéties alléguées par Montan et ses disciples. Il me semble donc difficile de se méprendre sur la couleur montaniste répandue dans la préface des Actes de sainte Perpétue. L'auteur aura voulu tirer parti des visions dont cette héroïque jeune femme avait été favorisée, pour y chercher un argument a pari en faveur du caractère prophétique de Montan. C'est dans ce but qu'il accole à ce drame pathétique un exorde et une péroraison qui trahissent son dessein. Faut-il en conclure, comme l'a fait Basnage, que sainte Perpétue et sainte Félicité elles-mêmes appartenaient à la secte qui séduisit TertuUien par son apparente austérité? Pas le moins du monde. S'il en avait été ainsi le compilateur montaniste n'eût pas manqué de s'en prévaloir; et dans le pompeux éloge qu'il fait de Perpétue, TertuUien n'aurait point passé sous silence un détail si favorable a sa causée D'ailleurs, quel moyen de s'arrêter à une pareille hypothèse, lorsqu'on pense que le nom de ces deux saintes a pris place dès la plus haute antiquité dans le canon de la messe; que leur mémoire est célébrée dans les plus anciens martyrologes; que la principale église de Carthage était placée sous leur invocation*; qu'on lisait la relation de leur martyre dans l'assemblée des fidèles au temps de saint Augustin, et que ce grand docteur
1. De anJma.LV. Quand TertuUien veut parler de femmes moutanistes, il a Poln de dire « Soror apud nos, soror nostra, » De velandis virg., wn. De anima, xiv. Ce n'est pas ainsi qu'il s'exprime sur le compte de sainte Perpétue. Les montanistes, ne se croyant pas séparés des catholiques, qu'ils se contentaient d'appeler psychiques, honoraient avec eux les martyrs de l'Église. C'est ce qui explique comment un écrivain de cette secte a pu recueillir avec re=!pect les Actes de sainte Perpétue, pour s'en faire une arme dans l'intérêt de son parti.