Victor Vitensis, lib. i, de Persecut. Vandal
J22 LES ACTi;S l)t SAIISTE 1>LK1>1:|T L K.
a composé trois discours pour fjflorilit'r leurs vertus? Certes, rËjJflise se serait bien {gardée de leur décerner de tels honneurs, si le moindre soupçon d'hérésie avait pu les atteindre. Je vous demande pardon, Messieurs, de m'étendre si longtemps sur ces détails préliminaires, mais lorsqu'on aborde une pièce qui a souliné tant de controverses, il importe d'en écarter ce qui [iouirail lui [>rèter àtort une physionomie douteuse. En résumé, si la prétace des Actes de sainte Perpétue trahit une main inontaniste, cette addition postérieure n'en diminue pas la valeur. La relation elle-même, qui porte un caractère tout ditiércnt, n'en reste pas moins un chef-d'œuvre où le mérite littéraire s'ajoute au parfum de piété qui s'en échappe. Ce qui fait la grandeur de la scène au milieu de laquelle nous transporte l'ouvrage dont je m'occupe, c'est que les plus beaux sentiments de la nature s'y trouvent en présence du sacrifice que demande la foi. Quand le génie de Corneille voulut peindre une de ces situations qui enlèvent l'àme et la ravissent hors d'elle-même, il choisit l'une des i)lus grandes affections liumaines, 1 amour conjugal, pour la placer enlace d'iui devoir supérieur sous lequel la conscience lui ordonne de fl('chir. Toute la poésie de Polyeucte est dans cette lutte de la nature avec la grâce. Eh bien, je n'hésite pas à dire que les Actes de sainte Perpétue et de sainte Félicité sont d'un pathétique plus noble encore et plus élevé. Saint Augustin fait à ce sujet une remarque dont la délicatesse égale la profondeur. Le démon, dit-il, ne voulut point mettre aux prises avec l'amour conjugal celle qui vivait déjà par la pensée dans le ciel ; il choisit pour elle une épreuve plus dégagée des sens, en cherchant à briser son courage par la force d'une affection (pii se présenterait à elle sous les dehors de la reli-
UrsE'SCÈNE DE MARTYRE EN AFRIQUE. .{-i.J
gion. C'est pourquoi il lit appel aux deux sentiments les plus purs qui puissent pénétrer le cœur humain, la pieté filiale et l'amour maternel*. De là le charme incomparable qui s'attache à cette relation. C'est une jeune femme qui soutire du désespoir auquel sa fermeté va réduire son vieux père encore païen, mais que ni les larmes ni les cheveux blancs du vieillard ne parviendront à détourner du sacrifice qu'elle doit à Dieu; une jeune mère pleine de tendresse et d'alarmes pour l'enfant qu'elle va délaisser, mais qui puisera dans sa foi l'énergie dont elle a besoin pour triompher d'elle-même. Quant au supplice qui l'attend, elle n'en tient aucun compte, elle le désire, elle l'appelle. Si quelque chose pouvait ébranler son courage, ce seraient les douleurs morales de la fille et de la mère; mais non, son sacrifice est fait : elle mourra pour Dieu tout en plaignant son père, tout en demandant jusqu'à la fin à revoir l'enfant qu'on lui enlève. Assurément, il serait difïicile d'imaginer une situation plus touchante : même au point de vue de l'art et de la poésie, je la préfère à celle qu'a choisie Corneille pour le plus beau de ses drames. Mais je craindrais d'affaiblir par l'analyse un récit qu'il faut placer dans la bouche de Perpétue pour lui conserver son éloquente simplicité.
« Comme nous étions encore avec nos persécuteurs, et que mon père continuait à vouloir me faire tomber par l'attèction qu'il me portait, je lui dis : Mon père, voyez-vous ce vase qui est par terre? Oui, me dit-il, je le vois. J'ajoutai : Peut on lui donner un autre nom que le sien ?i Non, répondit-il. De même, lui répliquai-je, je ne puis me dire autre chose que