‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 187 sur 234 · DePatientia · texte numérisé non relu

DePatientia

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1ère : son style devient doux, insinuant, et le mystique le plus exercé aux choses du sentiment surpasserait à peine cet âpre logicien qu'on ne dirait propre qu'à manier les armes de la controverse. Cette alliance de la grâce avec la force est un des traits que j'admire davantage dans Tertullien, comme d'ailleurs elle se retrouve de préférence chez ces natures d'élite qui, comme Dante ou Bossuet, sont douées d'une sensibilité d'autant plus vive et plus délicate que la source en est cachée à une plus grande profondeur.

Le livre de la Patience ouvre cette série de traités dans lesquels Tertullien expose et commente les devoirs de la vie chrétienne. Nous en avons rapproché la dissertation de Sénèque sur la Colère pour marquer la différence qui existe entre la morale évangélique et les doctrines païennes. D'un côté, c'est un enseignement qui se renferme dans l'honnête tel qu'il est dicté par la conscience et exigé pour le maintien de la société, sans que la Divinité intervienne comme source de la loi ou comme principe du devoir. De l'autre, c'est une prédication qui, non contente de prendre son point de départ dans les rapports naturels du Créateur avec la créature intelligente et libre, surnaturalise la moralité humaine, en cherchant dans la grâce le secours divin qui la facilite, dans la foi les motifs supérieurs qui la déterminent, et dans la béatitude céleste la fin où elle tend. Le surnaturelj voilà ce qui sépare Tertullien de Sénèque dans leurs théories morales. Le philosophe stoïcien demande la vertu aux seuls efforts de la volonté, sans s'apercevoir que l'homme déchu ne trouve plus en luimême toute la force nécessaire pour triompher du mal. Mieux éclairé sur les véritables conditions de la nature humaine, lé prêtre de Carthage cherche dans les lumières de la révélation

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et dans le mouvement de la yràce ce qui supplée à l'insuffisance de la raison et remédie aux faiblesses de la volonté. Vous n'ignorez pas, Messieurs, que la même divergence radicale existe entre les rationalistes modernes et les théologiens catholiques; il n'y a de changement que sur un point : les philosophes païens ne soupçonnaient pas cet ordre surnaturel que l'incrédulité contemporaine s'efforce de nier, après que dix-huit siècles en ont confirmé la réalité. La tendance commune aux partisans de cette école, qui ne se donne guère la peine de dissimuler sa marche rétrograde vers le paganisme, c'est de bannir le surnaturel de la conscience et de l'histoire. Tel le déclare anti-scientifique, et érige en axiome une négation qu'il se dispense de prouver. Tel autre traite la révélation de hors-d'œuvre, et veut enseigner à se passer d'elle en ramenant le devoir et la religion dans les limites de la raison pure. Tel enfin ne voit dans la suite des choses humaines qu'un enchainement d'effets produits par des causes naturelles. On né veut du surnaturel nulle part, et il est partout. Il s'affirme dans la science qui n'a que des hypothèses puériles lorsqu'elle tente l'explication de tout un ensemble de faits dont le caractère miraculeux est aussi frappant que la réalité en est scientifiquement démontrée. Il s'affirme dans l'histoire qui nous montre, dès le principe, l'œuvre divine «'établissant dans le monde en dehors du cours ordinaire des choses, et se prolongeant à travers le peuple juif et l'Eglise conimë une économie surnaturelle qui s'impose aux hommes malgré leurs erreurs et leurs fautes, bien loin d'émaner d'eux. Il s'affirme dans l'art dont les plus hautes créations portent le reflet sensible de cette lumière d'en haut, qui est venue ouvrir au regard de la foi des horizons fermés pour l'œil de

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la raisdii. il s'alliniiL' dans la pliilosojjliic <'ll('-in(MiiL' (jui ne saurait rendre compte de lliomnie, de ré(|uilibre rompu de ses puissances et de leur harmonie n'-tablie, sans admettre une clnite primitive et une restauration postérieure. Il s'atlirme eulin dans la conscience, d'où le travail mystérieux de la iîràce n'a cessé de faire jaillir des prodiges de sainteté que la nature seule eût été impuissante à produire Voilà l'ordre surnaturel, tel qu'il éclate dans ses manifestation extérieures. Et si vous me demandez comment il s'affirmait à l'époque qui nous occupe, je montrerai le monde païen tombant en I pourriture malgré l'enseignement de ses sages, et le monde chrétien surgissant plein de vie à la parole des apôtres, La foi élevait au-dessus d'elles-mêmes des natures que la philosophie devenait incapable de soutenir au niveau d'une probité vulgaire; et tandis que les moralistes pa'iens ne parvenaient plus à former des âmes honnêtes, l'Édise faisait des saints.

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