S. Matthieu, vi
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plier les citations, je placerais sous vos yeux d'autres hymnes empruntées aux Fastes d'Ovide ou aux Élégies de Tibullt-, telles que les invocations à la déesse Robigo et à Paies, la déesse des bergeries'. Le même esprit souffle invariablemenl à travers ces pièces, commentaires poétiques des liturgies païennes. Messes et bona vina^, d'heureuses moissons et de bons vins, tel est le souhait qui revient sans cesse sur les lèvres des dévots du paganisme. Quant aux dons bien autrement précieux de la vérité, de la justice, de la pureté de conscience, de la vertu enfin, ils se soucient fort peu d'en faire l'objet de leurs demandes. Vous connaissez la prière d'Horace: c'est du pur matérialisme: « Que pensez-vous, dit-il à son ami Lollius, que je demande au ciel ? De conserver ce que j'ai maintenant, moins s'il le faut : de vivre pour moi ce qui merestedevie, ce que les dieux voudront bien m'en laisser. Bonne provision de livres, du blé pour un an, et cela dans la crainte de flotter éperdu au gré de l'heure décevante. "Voilà tout ce que j'attends de Jupiter; qu'il me donne la vie, des richesses, c'est assez. L'égalité d'âme, j'en fais mon aff'aire^ » Vous l'entendez, le poète latin ne demande aux dieux que les biens terrestres ; quant à la vertu, il s'en charge, et l'on sait comment. Il ne faudrait pas voir en cela une saillie de gaieté échappée à la verve d'un épicurien en bonne humeur. Gicéron, qui inclinait vers des doctrines plus sévères, ne conçoit pas la prière sous une autre forme : « C'est l'opinion de tous les mortels, dit-il, qu'on doit demander à
1. Ovide, iM Fastes, v. 960-982. Tibulle, 11» livre des Élégies, i, v, 1-23.