Tibulle, P' livre des Élégies, i, v
3. « Det vitam, det dpes ; œquum mi cinimum ipse pat-abo. » (L, 1 des ÉpUres, K v. 102.)
LA PIUKFIK CHRÉTIENNE. 371
Dieu la fortune, mais qu'il faut tirer la sagesse de soi-même. Qui jamais a songé à rendre grâces aux dieux de ce qu'il est homme de bien*? » Même dans l'école de Socrate, la plus spiritualiste de l'antiquité, de pareilles idées prévalaient chez beaucoup d'esprits. Après avoir demandé aux dieux la santé, la force du corps, la considération dans la cité, la bienveillance de la part de ses amis, le salut dans la guerre et l'accroissement de ses richesses, Xénophon n'oublie qu'une chose, le secours divin dont l'homme a besoin pour éviter le mal et pour pratiquer le bien ^. Le sensualisme païen ne pouvait produire d'autres résultats : il fallait, selon le mot de Terlullien et de Socrate, que Dieu lui-même vînt apprendre aux hommes de quelle manière ils doivent le prier.
Sans doute. Messieurs, comme je le faisais observer tout à l'heure, les instincts les plus profonds de l'àme humaine aussi bien que les échos non éteints de la tradition primitive protestaient ici et là contre ce caractère matérialiste de l'acte religieux par excellence. Nous avons vu que Socrate, indigné de ces vœux dans lesquels le sentiment moral n'entrait pour rien, préférait une abstention complète à l'usage indiscret d'une pratique qu'il regardait comme injurieuse pour la divinité et nuisible aux hommes. C'est avec raison que Platon, son interprète, trouvait plus belle et plus sûre cette prière d'un ancien poète: « Puissant Jupiter, donne-nous les biens, soit que nous les demandions, soit que nous ne les demandions pas, et éloigne de nous les maux quand même nous te les demanderions^. » Encore là n'est-il question que des