LE DISCOURS AUX MARTYRS
cice, la réflexion et rhabitucle ont de pouvoir. Quoi donc? Un Samnite, un coquin, le dernier des mortels, pourra s'élever à ce degré de courage, et il y aura dans le cœur d'un homme né pour la gloire un endroit si faible que ni raison, ni réflexion ne puissent le fortifier* ? »
Je doute, Messieurs, que les exemples cités par Gicéron aient beaucoup de force pour soutenir l'àme humaine au milieu des souff'rances, lorsqu'on les propose ainsi sans les relever par un motif supérieur. Dire à un homme, en présence d'un grand sacrifice, qu'on fouettait les enfants à Sparte, que les gladiateurs savaient mourir avec grâce, que les soldats supportent avec courage les fatigues de leur métier, c'est faire sur son esprit une médiocre impression. Tout cela prête admirablement à des exercices de rhétorique, et Gicéron s'y entendait à merveille ; mais, dans la pratique de la vie, les considérations de ce genre n'ont guère d'efficacité. L'auteur des Tusculanes l'a bien senti : aussi, pour prémunir le sage contre l'aiguillon de la douleur, éprouve-t-il le besoin d'appeler à son secours un grand mot, celui d'honneur. « La gloire, dit-il, a des attraits si forts qu'à la première lueur au travers de laquelle on croit l'entrevoir l'homme trouve doux et léger tout ce qui peut l'y conduire. Point de souffrance qui ne soit adoucie par de telles consolations et de tels lénitifs. » Gicéron rappelle à ce propos la mort d'Épaminondas, le dévouement des Décius, etc. Nul doute que le sentiment de l'honneur et l'amour de la gloire n'aient produit de grandes choses dans le monde ; mais il y a des souffrances ignorées, des sacrifices obscurs pour lesquels le mobile de l'honneur n'a pas la moindre force. Parler à un homme dont le nom, à