DÉFE?<SE DE LA HELIOION CH II ET IE.>' >!E
exemple, la Gérés du Phare, qui n'est autre chose qu'une pièce de bois grossière et informe ? Vos armées ne révèrentelles pas leurs enseignes, qu'elles préfèrent à Jupiter même ? Plusieurs d'entre vous s'imaginent que nous adorons le soleil, parce que nous nous tournons vers l'orient pour prier, et que le jour du soleil est pour nous un jour de fête. Mais n'est-ce pas vous qui avez donné à l'un des jours de la semaine le non du soleil ? Ne voit-on pas la plupart d'entre vous, tournés vers le soleil levant, affecter d'adorer le ciel et de remuer les lèvres ? Selon vous, nous sacrifions à la divinité par l'infanticide. Quant à vous, vous tuez les enfants aussitôt après leur naissance, et même avant. A vous entendre, nous cacherions nos désordres dans les ténèbres de la nuit. Vos incestes, à vous, se commettent en toute liberté, à la face du jour, à la face de la nuit, à la connaissance de tout le ciel. Est-ce bien à vous de nous reprocher que nous sommes impies envers la majesté des Césars, à vous qui faites et qui défaites les empereurs à votre gré. Les deux Syries exhalent encore l'odeur de leurs cadavres ; les Gaules n'ont pas encore lavé ces flots de sang dans les eaux du Rhône. Si nous méprisons la mort pour rester fidèles à nos convictions, vos ancêtres ont dédaigné comme nous les supplices ; leur vertu, vous l'appelez courage et non entêtement. Vous riez du dogme de la résurrection des morts. Mais cette croyance n'est-elle pas plus raisonnable que la vôtre, qui fait passer l'àme d'un homme dans un chien, dans un mulet ou dans un paon. Donc, convenez qu'à tout le moins nous vous valons, et, par conséquent, ne frappez pas dans notre personne ce que vous tolérez en vous-mêmes \
]. Ad Naliones, 1. i. i-. vi-xx,
74 i.i:s ni;rx i.ivkks ai x nations.
Telle est, Messieurs, cette arfrumciiialion ad hominem où l'ironie la plus amère vient senieltreau service d'une logique impiloyable. L'éloipicnce cliivlicnne n'a pas de morceau où le polythéisme se trouve broyé sous une ciiar^'t! plus écrasante. Il n'y a (ju"un écrivain de l'antiipiité (\u\ puisse rivaliser avec Tertullien dans cette critique sanglante des supers* titions païennes: c'est Juvénal. Du reste, on remarque plus d'un trait de resseml)lance entre ces deux natures, et nous aurons (luelquefois l'occasion de les rapprocher Tune de l'autre. La verve satirique bouillonne également dans ces imaginations ardentes que les travers et les vices de leur temps saisissent au même degré. Ce qui domine chez le poète d'Ai'pinum comme chez le prêtre de Garlhage, c'est l'énergie du trait, l'amertume du sarcasme, le transport violent d'une àme impétueuse. Tous les deux recherchent avec une égale complaisance les fortes expressions, les images pittoresques, au ris(jue d'enfler leur pensée jusqu'à l'hyperbole ou de la noyer dans la déclamation. Leurs qualités comme leurs défauts n'éclatent jamais plus vivement que lorsqu'ils trouvent une turpitude à flétrir, un crime à flageller. Pour me renfermer dans le discours qui nous occupe, je citerai le commencement d'une satire de Juvénal sur le même sujet :
« Qui ne sait, Yolusius Bithynicus, quelles monstrueuses divinités révère le sot Égyptien? Ici, l'on adore le crocodile ; là, on tremble devant un ibis engraissé de serpents. L'effigie du singe d'or à longue queue brille aux lieux où résonnent les cordes magiques du colosse mutilé de Memnon, où l'antique Thèbes git ensevelie sous les ruines de ses cent portes. Ailleurs, on vénère le poisson de la mer, le poisson du fleuve: des cités entières se prosternent devant un chien:
dkfeinsf: de la r!:mgion chrétienne. 7o
mais devant Diane, personne. C'est un sacrilège que de presser sous sa dent le poireau ou l'oignon. Oh f la sainte nation, qui voit naître dans ses jardins de pareilles divinités ! On ne sert sur aucune table l'animal qui porte la laine : défense d'égorger le petit d'une chèvre ; mais toute liberté de se nourrir de la chair humaine \ »
En attaquant avec tant de vivacité les superstitions païennes, l'apologiste africain ne faisait donc que reprendre la thèse soutenue par le poète satirique du premier siècle. D'ailleurs, déjà Sénèque lui-même, quoique païen, avait pré' ludé à cette censure amère du polythéisme ; et TertulUen rappelle avec raison aux païens les reproches que leur adressait un de leurs philosophes. Nous n'avons plus, il est vrai, le traité de Sénèque Sur la superstition, qu'on eût aimé à pouvoir comparer aux. discours analogues de Tertullien; mais un fragment conservé par Lactance nous montre à quel point le rhéteur stoïcien s'accordait avec les apologistes dans cette réprobation énergique de la mythologie païenne :
« D'où vient donc, disait Sénèque, que Jupiter, si incontinent chez les poètes, a cessé de procréer des enfants? Est-il devenu sexagénaire, et la loi Papia a-t-elle mis un frein à ses licences ? A-t-il obtenu le privilège de n'avoir que trois enfants ? Ou lui est-il enfin venu à l'esprit qu'il faut s'attendre à recevoir des autres ce qu'on a fait à autrui? Craint-il peut-être qu'on ne le traite comme lui-même a traité Saturne?... Ils vénèrent les simulacres des dieux, ils les supplient même le genou en terre, ils les adorent ; ils se tiennent tout un jour assis ou debout devant ces images ; ils leur