Hist., 1. VII, c. IX
A L'ÉPOQUE DE T El; T Ul. L I E N. 17
peurs. De l'raude? Ils sont voleurs. De cupidité? Ils sont avides de gain. De perfidie? Il n\ a pas d'hommes moins sincères qu'eux... Qui ne sait que l'Afrique entière a toujours brûlé du feu des passions obscènes? Vous diriez non pas une terre ou un séjour habité par des hommes, mais un Etna qui vomit des flammes impures... Qui ne sait que l'impudicité règne généralement parmi les Africains, à moins qu'ils ne se convertissent à Dieu, ou qu'ils ne changent de foi et de religion * ? »
Peut-être y a-t-il quelque teinte d'exagération dans ces invectives de Salvien dont la censure est souvent un peu outrée ; mais il faut évidemment que des désordres trop réels aient donné lieu à un tel blâme. Ce dérèglement de mœurs que les auteurs païens eux-mêmes reprochent à l'Afi'ique explique bien des choses dans les monuments de l'éloquence chrétienne. Quand nous entendrons Tertullien tonner avec tant de véhémence contre les vices dont il est témoin, et déployer dans la règle du devoir une sévérité qui nous paraîtra excessive, nous nous rappellerons au milieu de quelle société il parlait, quelle effroyable corruption il voyait autour de lui, et ce souvenir, en diminuant notre étonnement, nous fera juger avec indulgence l'austère moraliste jusque dans les écarts où Va entraîné une indignation vertueuse. C'est ainsi qu'à la vue des désordres qui régnaient en France, au dix-septième siècle, à la cour et dans les rangs de la noblesse, une école célèbre a pu en venir à ce rigorisme qui sacrifie la miséricorde à la justice et oublie le pardon pour ne plus se souvenir que du châtiment : de tels excès, si une saine doc-