Apolng., IV. vi
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détend de consacrer aucun dieu nouveau sans l'approbation du sénat*. Voilà pourquoi Tibère, instruit de ce qui s'étail passé en Palestine, proposa au sénat d'élever Jésus-Glirist au rang des dieux ; et bien que le sénatus-consulte n'eût pas été rendu, l'empereur n'en persista pas moins dans son sentiment et défendit même d'accuser les chrétiens. 11 n'y a donc pas, nous l'avouons, de décret officiel ([ui autorise notre culte. Mais vous vous en passez bien pour ce qui vous touche. Malgré la défense expresse du sénat et des consuls, vous rendez les honneurs divins à Bacchus, à Sérapis, à Isis et à Harpocrate-. Donc ne vous montrez pas si sévères envers nous. Aussi n'y a-t-il que les mauvais princes qui nous aient persécutés, et l'on peut juger de ce que nous sommes par ceux qui nous haïssent.
« Consultez vos annales, continue ïertullien, vous verrez que Néron le premier tira le glaive des Césars contre la société chrétienne (jui commençait à se former, particulièrement à Rome. Or, nous nous faisons gloire de pouvoir citer un tel homme comme l'auteur de notrecondamnation. Quand on connaît Néron, plus de doute que ce qu'il a proscrit ne soit un grand bien. Domitien, ce demi-Néron, avait essayé du même procédé : mais, comme il conservait quelque chose de l'homme, il s'arrêta sur cette pente et rappela même ceux qu'il avait exilés. Voilà (juels ont été nos persécuteurs, des hommes injustes, impies, infâmes : vous-mêmes, vous les condamnez en rétablissant ceux (ju'ils avaient poursuivis d<'
1. Ce (lécrel se trouve dans le II* livre du Traité des Lu'is de Gicérou : <■ Separalim ûeniolial)es?it Deos. neve iiovos: sed w adveuaP,niPi publiée adscito?, privatini rolniiin. >,
±. Apulog., V. VI.
LA LIBKKTE D K CONSCIENCE. 113
leur haine. De tous les princes qui ont connu et respecté le droit divin et le droit humain, nommez-en un seul qui nous ait fait la guerre. Nous pouvons en citer un qui s'est déclaré notre protecteur, le sage Marc-Aurèle. Qu'on lise la lettre où il atteste que la soif qui dévorait son armée en Germanie fut apaisée par une pluie dont il se crut redevable aux prières des soldats chrétiens. S'il ne révoqua pas ouvertement les édits portés contre nous, du moins les rendit-il sans effet, en menaçant nos accusateurs d'une peine encore plus rigoureuse. Qu'est-ce donc que ces lois qui ne sont exécutées (jue par des princes impies, injustes, infâmes, cruels, extravagants ; ces lois que Trajan a éludées en partie, en défendant de rechercher les chrétiens ; ces lois que n'ont jamais appliquées ni un Adrien, si ardent à scruter toutes choses, ni un Vespasien, le destructeur des Juifs, ni un Antonin, ni un Vérus? Cependant, il appartenait, ce semble, à des princes vertueux, et non à des méchants, d'exterminer une troupe de scélérats'^. »
Assurément, rien ne pouvait être plus habile qu'une pareille distinction. En rappelant que les mauvais princes seuls s'étaient acharnés contre la religion chrétienne, tandis que les bons l'avaient ou protégée ou tolérée, Tertullien ralliait à sa cause la sympathie des cœurs honnêtes. La haine des hommes vicieux ne s'attache d'ordinaire qu'à la vérité et à la vertu. Mais je me demande s'il n'entre pas trop d'artifice oratoire dans le choix de cet argument; ou bien, si l'apologiste, en montrant tant d'indulgence pour les Antonins, n'a pas été induit en erreur par des pièces apocrj-phes. D'abord, ce que