I.K llUl.MK DE LÈSE-MAJESTÉ
Vous n'ignorez pas quelle grande place occupait le crime (le lèse-majesté dans le système politiciue inauguré par Tibère. Déjà sous la république, la loi Julia punissait ceux qui auraient diminué la malesté du peuple. Qu'était-ce que diminuer la majesté du peuple? Ce n'était rien, et c'était tout. En raison même de son élasticité, une pareille loi permettait de ranger sous ce chef d'accusation tout ce qu'on voulait y mettre. Quand le pouvoir d'un seul eut mis fin aux droits de tous, et que l'empereur fut devenu en quelque sorte l'incarnation du peuple, c'est à sa personne que durent passer tout naturellement les privilèges de la majesté populaire. De là cette fameuse loi de majesté dont parle Tacite, lex majestalis, et qui devint l'instrument le plus terrible du despotisme romain ^ Dans son Esprit des lois, Montesquieu a fort bien montré à quels abus violents peut conduire l'accusation de lèse-majesté (juand ce crime n'est pas délini. A ce propos, il cite entre autres choses l'application qu'en tirent les légistes de la Chine dans une circonstance particulière. « Deux personnes chargées de rédiger la gazette de la cour ayant mis dans quelque fait des circonstances qui ne se trouvèrent pas vraieSi on dit que mentir dans une gazette de la cour c'était manquer de respect à la cour, et on les fit mourir". » Mais ces raffinements de la sophistique chinoise ne sont que timides à côté des inventions de Tibère et de ses successeurs. Le crime de lèse-majesté s'étendit aux choses les plus indifïerentes. Pour en être convaincu, il suffisait, dit Tacite, d'avoir ôté ses habits devant une image de César ^ Lorsqu'on voulait
1. << Adolescebat iulerea lex majestatis. » Tacite, Annales, u, 30.