‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 83 sur 234 · LE CIIUÉTIEN ET LE CITOYEN · texte numérisé non relu

LE CIIUÉTIEN ET LE CITOYEN

liét'ornio. Tandis que d'un côté il est impossii^lc de surprendre la moindre trace d'une sédition, de l'autre on ne trouve partout que complots, ligues, soulèvements à main armée contre les souverains légitimes. Ce contraste ne laissait pas que d'être embarrassant pour des hommes qui affichaient la prétention de faire revivre les principes du christianisme oubliés jusqu'à eux. Afin d'éluder une condamnation si éclatante de leur propre conduite, il n'est pas de subterfuge auquel n'eussent recours les nouveaux docteurs. Tantôt ils disaient, pour se justifier eux-mêmes, que les premiers chrétiens, en ne prenant pas les armes contre leurs persécuteurs, avaient suivi un simple conseil de perfection, mais que rien ne les obligeait en conscience à ne pas se révolter ; tantôt, que la patience des premiers chrétiens était fondée sur leur impuissance, tandis que, s'ils avaient été plus nombreux, ils auraient eu le droit de résister à main armée. C'est ainsi que Buchanan et après lui Jurieu interprétaient les paroles des apologistes et les sentiments des mariVrs. Voici comment Bossuet répondait à la première de ces deux gloses. Après avoir établi que Jésus-Christ et les apôtres n'enseignent pas la soumission aux princes comme une chose de simple conseil ou de perfection seulement, mais comme une obligation stricte et rigoureuse, il commente en ces termes le passage de Tertullien que je viens de vous lire :

« Les chrétiens avaient reçu ces instructions comme des commandements exprès de Jésus-Christ et de ses apôtres ; et c'est pourquoi ils disaient aux persécuteurs, par la bouche de Tertullien, dans la plus sainte et la plus docte apologie qu'ils leur aient jamais présentée, non pas, on ne nous a pas conseillé de nous soulever, mais, cela nous est défendu,

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l'cUuiiur ; ni, c't'sl une chose (le pert'ecticjii, mais c'est une chose de précepte, prœceptdm est nobis ; ni, que c'est bien fait de "servir rein[)ereur, mais que c'est une chose due, débita imperatoribus, et due encore, comme on a vu, à titre de relii^Mon et de piété, pieta.'^ et religio imperatoribus débita' ; ni. <|iiil esi hou d'aimer h; prince, mais que c'est nue ohligation et qu'on ne peut s'en enq)ècher, à moins de cesser eu même temps d'aimer Dieu qui l'a établi, necesae est ut et ipsum dilnjat. C'est pourquoi on n'a rien fait et on n'a l'ieii dit. durant trois cents ans, (pn fil craindi'e la moindre chose ou à l'empire et à la personne des empereurs, ou à leur famille ; et TertuUien disait, connue on a vu, non seulement que l'État n'avait rien à craindre des chrétiens ; mais que, par la constitution du christianisme, il ne pouvait arriver de ce côté-là aucun sujet de crainte : a quibiis nihil timere possitis ; parce qu'ils sont d'une religion qui ne leur permet pas de [se venij;er des particuliers, et à [)lus forte raison de se soulever contre la puissance publique *. »

Voilà les vrais sentimeids ijui animaient l'Église primitive. Malgré l'oppression inique sous laquelle gémissaient ses membres, elle leur faisait un devoir de persévérer dans leur ildélité envers le prince. Elle les exhortait bien par tous ses organes à ne jamais celer sur le terrain de la conscience, parce que dans un conflit pareil entre la loi humaine et la loi divine il vaut mieux obéir à Dieu (pi'aux hommes ; mais, d'autre part, elle rejetait connue un crime la pensée même d'un soulèvement contre le pouvoir civil dans les choses de

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