LE CHRÉTIEN ET LE CITOYEN
les vertus garantissent la fidélité. Quand on quitte les descriptions qu'ont faites de leur époque les écrivains païens du deuxième siècle, et qu'on se trouve devant cette délicieuse peinture des mœurs chrétiennes, on mesure à un tel contraste l'action puissante que l'Évangile avait exercée sur les âmes. Sans doute, on a contesté quelquefois l'entière exactitude de ce portrait presque idéal ; et Tertullien lui-même, dans son premier Discours aux nationsi n'hésite pas à reconnaître qu'il y avait bien quelque ombre à ce beau tableau, car Tœuvre de sanctification que poursuit l'Église est toujours entravée par les passions humaines. Mais il est un fait qui suffirait à lui seul pour prouver que cette belle page n'est pas de la poésie, mais de l'histoire; ce fait. Messieurs, c'est le martyre. Lorsque des milliers d'hommes de tout âge et de toute condition n'hésitent pas à sacrifier leur vie pour rester fidèles à leur foi, on peut affirmer sans crainte qu'ils pratiquaient sincèrement ce qu'ils viendront confesser au prix de leur sang. Si nous passons du fond à la forme, vous admirerez comme moi avec quelle grâce touchante le pinceau énergique de Tertullien sait retracer les beautés de la vertu, déployant ainsi tour à tour les qualités les plus diverses ; et vous ne m'accuserez pas, je l'espère, d'avoir rien exagéré quand je disais que V Apologétique peut soutenir le parallèle avec les plus hautes productions de l'éloquence humaine.