NEUVIÈME LEÇON
Le traitf- du Témoignage de l'dme, appendice de l'Apologétique. — Doctrine de TeituUieu sur l'âme uatiirelleuieut chrotienne. — Accord des principes de la raison avec les données de la foi. — La philosophie distincle des systèmes philosophiques. — Correspondance naturelle de l 'intelligence humaine avec la vérité. — TertuUien est bien éloigné de vouloir absorber la raison dans la foi. — Puissance naturelle de la raison et valeur du sens intime. — Importance de cet opuscule pour bien déterminer les doctrines philosophiques de Tei'tullien.
Messieurs,
Ce qui assure à l'Apologétique do Tertullieu la première place parmi toutes les pièces de ce genre, c'est la haute éloquence que déploie le prêtre de Carthage en discutant la légalité des persécutions et leur caractère politique. Aucun écrivain des trois premiers siècles n'a l'ail ressortir avec autant de clarté l'injustice de la procédure suivie à l'égard des chrétiens, ni réfuté avec la même vigueur raccusalion de lèse-majesté qu'on intentait contre eux. Toutefois, quehjue vive et serrée que f jt cette argumentation, elle demandait à être complétée par l'exposition des croyances chrétiennes. Ici. TertuUien se retrouvait sur un terrain qui lui est comunni avec tous ses devanciers. A leur exenq)le, il indique et développe les principaux points de la doctrine : l'unité de Dieu, la Trinité, l'existence des anges et des démons, l'incarnation du Verlie: il oppoM' aux Ihides |»aïennes les saintes Kcritures
ACCORD DE LA RAISON AVEC LA FOI. lo7
dont il t'ait valoir l'antiquilé et la majesté ; il prouve la divinité de la religion chrétienne par les miracles de Jésus- Christ et par l'empire que les Mêles exercent sur les démons \ Puis, répondant à l'objection de ceux qui prétendaient que le christianisme est une secte de philosophie comme les autres, il établit que toute comparaison serait injurieuse, soit pour la doctrine, soit pour les ma?urs. Chez les chrétiens, dit-il, l'artisan le plus obscur connaît Dieu, renseigne aux autres, satisfait à toutes les questions sur l'auteur de l'univers, tandis que Platon nous affirme qu'il est difficile de découvrir le maître de la nature, plus dangereux encore de le faire connaître à la multitude. Il s'arrête en particulier au dogme de la résurrection, dont il démontre la supériorité sur la métempsycose imaginée par certains philosophes*. Telle est, en résumé, la partie doctrinale de V Apologétique, telle que nous la trouvons développée dans le corps du discours. Mon intention n'est pas de l'examiner en détail, parce qu'elle se borne à reproduire ce que nous avons rencontré chez les autres apologistes. Il est un point, cependant, qui mérite toute notre attention. En voulant prouver aux païens, la conformité des données de la foi avec les principes de la raison, TertuUien invoque le témoignage de Tàme humaine. Non content d'indiquer ce genre de preuves dans le discours qui nous occupe, il en a fait l'objet d'un traité spécial sous le titre de Témoignage de l'âme. Nous allons terminer l'étude de VApologétique par l'examen de cet opuscule qui en est comme l'appendice : le coup d'œil philosophique de TertuUien s'y révèle dans toute sa profondeur.