ACCORD DE LA RAISON AVEC LA FOI
d'étendre jusqu'aux mystères de la foi cette doctrine si haute et si féconde. Non pas que la raison puisse arriver par ses seules forces à découvrir ces mystères, ni même à les établir par des preuves tirées de son propre fonds. Mais, ce qu'on peut affirmer sans crainte, c'est qu'il existe une corrélation étroite entre les dogmes révélés et les principes de la raison ou les besoins de l'àme humaine. Parcourez tout le symbole catholique, de la Trinité à l'Eucharistie, prenez l'une après l'autre les institutions chrétiennes, depuis la hiérarchie jusqu'aux sacrements, vous ne trouverez ni un article de foi ni une pratique religieuse qui n'ait son point d'appui ou sa base rationnelle dans les lois de la nature. L'ordre divin est si bien adapté dans tous ses détails à Tordre humain, qu'il résulte de cette appropriation du christianisme à la nature une harmonie parfaite. Par là, nous ne prétendons nullement confondre la raison avec la foi, ni la nature avec la grâce; nous ne faisons qu'établir entre elles un rapport de convenance et de conformité, qui nous permet de voir dans l'une l'ébauche ou la préparation de l'autre. Dans ce sens-là, on peut encore dire avec Tertullien, que l'âme est naturellement chrétienne. Si l'Évangile, tout mystérieux qu'il est, ne répondait pas aux besoins et aux aspirations légitimes de l'homme, on ne comprendrait pas qu'il fût devenu pour nous comme une seconde nature dont nous ne pouvons plus nous dépouiller et qui triomphe malgré nous de l'orgueil et des passions. C'est précisément à cause de cet accord merveilleux de la raison avec la foi, que le christianisme a conquis les âmes depuis dix-huit, siècles et que les plus hautes intelligences se sont inclinées devant ses dogmes avec le commun des esprits. Le principe posé par Tertullien nous amène à faire un
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rt'lour sur les coiiditioiis de riipoloiit'ticuic iiiodcrDe. Chose siiigulièiv, ces témoignages de l'àiue iiadii'ellemeiit cliivtienne auxquels le prêtre de Cartilage en appelait avec tant de confiance sont également ceux (ju'il convient le plus d'invoquer de nos jours. Certes, la preuve de la divinité du christianisme par les faits miraculeux qui ont précédé, accompagne' ou suivi son avènement, reste toujours la grande base de la démonstration évangélique; et ce serait une tentative aussi téméraire (jue coupaljle de vouloir négliger cette voie adoptée jusqu'à nos jours par les apologistes chrétiens. Mais je ne crains pas de me tromper en affirmant que cette méthode emprunte un surcroit de force à celle qui consiste à signaler les harmonies de la raison avec la foi, de la nature avec la grâce. Les Pères de l'Église ne nous ont pas laissés sans modèle sur ce point. Non seulement ils démontraient, en principe, que la raison humaine ne saurait être contraire à la révélation divine ; mais, par le fait, ils prouvaient que ces deux sources de connaissances convergent l'une vers l'autre et se rencontrent dans le détail même de la doctrine. Or, si je ne m'al)use, telle est aussi la tâche dévolue à l'apologétique moderne. Il ne s'agit pas liniquement d'établir en général que la philosophie ne peut contredire la théologie, ce qui est évident, pour peu qu'on rapproche les deux termes de la ([uestion ; mais il faut faire un pas de plus et montrer que chaque dogme, chaque institution du christianisme répond aux lumières de l'intelligence et aux aspirations du cœur humain, ou, comme le dit Tertullien, que l'âme est naturellement chrétienne. Or, cette démonstration qui, je l'espère, sera le résultat du travail théologique dans notre siècle, n'est pas impossible, ni même très difficile. Si les mystères delà