Convenientes in'umim episcopi plurimi
DE L'ÉGLISE D'AFRIOUE 23
ment humaines. Seule, la grâce divine pouvait faire fleurir la chasteté au milieu d'une société si dissolue, retirer ces hommes sensuels des désordres où ils étaient plongés, relever vers le ciel des natures que les instincts les pi us grossiers attachaient à la terre, et inspirer le dévouement à ce peuple de Carthage dont Tesprit mercantile nourrissait Tégoïsme. D'ailleurs, à l'époque où nous sommes arrivé, on eût dit que la Providence assignait à TÂfrique un grand rôle dans les affaires du monde: un Africain, Septime-Sévère, tenait les rênes de l'empire ; un Africain, le pape saint Victor, gouvernait l'Église ; un autre Africain allait surgir pour prendre au milieu de ses contemporains le sceptre du génie.
Vers Tannée 160 naquit à Carthage le fils d'un centurion païen qui servait dans la milice du proconsul d'Afrique. Outre son nom patronymique de Tertullien, il reçut les prénoms de Quintus Septimius Florens, dont les deux premiers semblent désigner Tordre de sa naissance et la race à laquelle appartenait sa famille. On a cherché bien des fois à Tidentifier avec le jurisconsulte Tertullien, dont le Digeste a conservé quelques fragments; mais cette conjecture, dénuée de toute preuve historique, ne repose que sur la ressemblance des noms et sur les termes de droit répandus dans les écrits du prêtre de Carthage. Ce qui est hors de doute, c'est que le jeune Africain s'appliqua de bonne heure à l'étude de toutes les matières qui composaient la science de son temps. Doué d un esprit vif et pénétrant, il dévora les monuments littéraires de Tantiquité païenne avec cette énergiepassionnée qui faisait le fond de sa nature. En même temps qu'il se perfectionnait dans l'usage simultané de la langue latine et de la langue grecque, il embrassait avec unei égale facilité les genres les plus variés.
30 OKlGïMËS
A défaut des Itères de l'Église, qui admirent tout d'une voix sa grande érudition, ses œuvres suffiraient pour attester que cette vaste intelligence avait parcouru tout le champ des connaissances humaines. Poètes, historiens, grammairiens, rhétorique et jurisprudence; niédecine et philosophie, rien ne lui est étranger : ila'toullu, tout étudié, tout approfondi. Les détails manquent pour pouvoir décider si Tertullien a réellement exercé là profession d'avocat avant sa conversion. Il est assez naturel de penser qu'une âme aussi oratoire que la sienne devait se sentir portée vers une carrière qui lui permettait de déployer ses qualités: en l'absence de tribune politique, le barreau attirait à lui tout ce qui restait alors d'éloquence sérieuse. ï)e plus, Eusèbe l'appelle un homme fort versé dans la science des lois romaines*; mais ces paroles n'indiquent pas que Tertullien ait, en effet, rempli l'office de jurisconsulte. Il me semblerait difficile d'admettre que le grand défenseur des chrétiens n*eût pas fait quelque allusion à ses précédentes fonctions, s'il avait eu Thabitude de plaider d'autres causes. Au contraire, j'incline à croire que Tertullien s'est converti dans sa jeunesse, avant d'avoir exercé aucun emploi de rhéteur ou d'avocat ; car, d'après saint Jérôme, il se laissa séduire par les doctrines de Montan au milieu même de sa vie, et déjà de nombreux écrits avaient précédé cette chute ^. Maintenant, quelle est l'année précise à laquelle le jeune lettré embrassa la religion chrétienne? C'est ce qu'il est impossible de déterminer.
Toutefois, Messieurs, malgré l'obscurité qui recouvre la