De Fuga m persecntione, ii
la persécution, avec le ferme propos de confesser leur foi au moment de l'épreuve. A leurs yeux il y aurait eu présomption à vouloir affronter une lutte qu'il était possible de fuir sans sacrifier aucun principe. Cette manière d'agir pouvait bien n'être pas héroïque, mais, à coup sûr, elle n'était pas criminelle. Dieu n'interdit pas l'emploi de moyens humains dans le but de se soustraire au martyre, pourvu qu'on soit disposé à rendre témoignage au Christ à l'heure marquée. Il n'y avait qu'un rigorisme excessif qui pût trouver dans ces mesures de prudence chrétienne un commencement d'apostasie \ Quand TertuUien prétend qu'il est impossible d'éviter la persécution lors même qu'on le voudrait, parce que c'est Dieu qui l'envoie, il trahit l'esprit montaniste qui l'anime ^ Si Ton voulait presser cet argument, on en ferait sortir une doctrine qui ressemble fort au fatalisme musulman. Il est vrai que la mort peut nous atteindre en tout lieu; mais ce n'est pas une raison pour se tenir les bras croisés devant un péril certain. L'activité humaine conserve son libre jeu dans le plan providentiel. Tel événement qui est le résultat de notre détermination n'arrive point en vertu des prévisions divines, mais Dieu le prévoit parce qu'il sait quelle direction prendra notre volonté. TertuUien abuse des ressources de son esprit, lorsqu'il oppose à ses adversaires des raisonnements comme celui-ci :
« Ou Dieu veut que nous souffrions la persécution, ou il veut que nous la fuyions. Si nous fuyons, comment souffrir ? Si nous souffrons, comment fuir? Quelle choquante contradiction dans celui qui nous ordonne de fuir en même temps